Le vétéran du cinéma américain Sidney Lumet n'a pas dit son dernier mot et nous offre une belle leçon de cinéma à 83 ans.
Synopsis :
Ce samedi-là, tout semble normal dans la vie des Hanson : le père passe un test de conduite, sa femme ouvre la bijouterie familiale, le fils aîné s'inquiète d'un futur contrôle fiscal, tandis que le cadet, à son habitude, se noie dans ses problèmes d'argent. Mais à 7h58 ce samedi-là, tout va basculer dans la vie des Hanson...
Nationalité : US
Difficile à croire que 7h58 ce samedi-là est l'œuvre d'un octogénaire. Pourtant le film a été réalisé par l'un des derniers vétérans du cinéma américain, Sidney Lumet, 83 ans au compteur. Le réalisateur de Serpico et d'Un après midi de chien tient non seulement à confirmer qu'il est bel et bien toujours en activité et débordant d'énergie (il n'y a qu'à le voir sur un plateau ou en interview, cf notre test dvd du film), mais que l'homme suit toujours de près les évolutions technologiques liées à son métier, le cinéma. Pour preuve, Lumet a cette fois-ci choisi de tourner son film en caméra HD numérique par le biais de la caméra Genesis de Panavision. La mise en scène, tout sauf ronflante, profite de ce choix technique exclusif et actuellement en pleine expansion, apportant un rythme surprenant au film. Exclusivement tourné à New York, le récit se construit sur le procédé pas franchement neuf du flashback mais celui-ci sied parfaitement à ce drame familial de facture classique aux accents de tragédie grecque.

La première séquence s'ouvre sur une longue scène de sexe
assez crue et franchement réaliste entre Philip Seymour Hoffman et Marisa
Tomei. Formant un couple marié pas vraiment heureux (mais on l'apprendra plus
tard), les deux tentent de remettre du piment dans leur vie. Lui, Andy Hanson,
travaille à la comptabilité d'une entreprise de gestion immobilière. Son métier
ne le passionne guère et il cherche depuis quelque temps à se sortir de la
merde financière dans laquelle il s'est plongé (en se payant des séances
d'injection de drogue notamment). Son idée : braquer la bijouterie
familiale tenue par sa mère. Seulement voilà, pour l'aider dans cette
machination, il ne peut être seul. Il demande par conséquent de l'aide à son
frère cadet, Hank (Ethan Hawke), d'aller dérober les bijoux. Ce dernier est un
pur angoissé parvenant mal à gérer les problèmes personnels qui s'accumulent :
divorce, pension alimentaire à verser, querelles avec son ex-épouse et sa
fille. Lorsque le cambriolage tourne mal, Hank et Andy vont tomber dans une
spirale infernale irréversible et impardonnable pour leur père, (le toujours
grand) Albert Finney.

La tragédie qui s'annonce au sein de cette famille en
principe sans histoires est amenée petit à petit par le biais de ces nombreux
retours en arrière (un procédé visuel pas franchement réussi et trop
rudimentaire) qui nous permettent ainsi de mieux comprendre les personnages,
leur caractère et l'univers dans lequel ils évoluent. Andy et Hank souffrent en
fait d'une trop grande solitude et d'un besoin énorme d'amour, qu'ils
reprochent au patriarche de ne leur avoir jamais transmis. Le premier se perd
dans la drogue tandis que le second couche en secret avec sa belle-sœur. Ces flashbacks permettent également d'adopter plusieurs points de vue, celui
de Hank, d'Andy puis de Charles, et ainsi de suite, et de justifier l'alternance
d'angles de prises de vue. Sidney Lumet utilise deux caméras HD, chacune étant
braquée sur l'un des deux personnages présents dans le champ de la caméra. C'est
le cas pour cette longue séquence de voiture où Philip Seymour Hoffman pleure
face caméra se révélant ainsi à fleur de peau aux yeux de sa femme (Marisa
Tomei).

Signalons l'excellente maîtrise de la narration brouillée
car basée sur la rétrospective des évènements pour mieux expliquer la
catastrophe à venir, et la direction d'acteurs, impeccable, avec mention spéciale au comédien caméléon
Philip Seymour Hoffman et à l'impressionnant
Albert Finney. Si tout le film repose sur une tension dramatique constante, quitte
à provoquer le malaise, la fin surgit de manière surprenante et glaçante et met un point final à cette tragédie familiale. A 83 ans, Sidney Lumet n'a rien perdu de son cynisme. On s'en félicitera. Que les autres cinéastes, une fois atteint son âge, en prennent de la graine.
Films
Film / 7h58 ce samedi-làréalisé par Sidney Lumet
année de production : 2006 sortie en salles : 26 Septembre 2007 durée : 1H55
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