Porté par un François-Xavier Demaison imprégné jusqu'à la moelle par son personnage, une bande son d'époque digne d'un Scorsese et une mise en scène diablement efficace, Coluche, l'histoire d'un mec est, d'une part et de très loin le meilleur film de son réalisateur Antoine de Caunes, et d'autre part un film fort pertinent sur le pouvoir de l'humour. Coluche reprend vie le temps d'un film et ça fait foutrement du bien.
Synopsis :
Septembre 1980. Coluche triomphe tous les soirs au Gymnase. "Comique préféré des Français", il est au sommet de sa gloire ; télés, radios et journaux se l'arrachent, et sa maison est l'endroit où se croise tout ce que le pays compte de vedettes... Toujours prêt à pousser le bouchon un peu plus loin, il décide, pour rire, de poser sa candidature à la Présidence de la République. Très vite, la France se bidonne, l'acclame, le soutient. Les sondages s'affolent, sa cote monte en flèche. Et si finalement un clown se faisait élire Président ? Lui-même commence à y croire...
Il aura donc fallu trois films à Antoine De Caunes pour trouver la recette. Trois films plus ou moins ratés, qui n'avaient convaincu ni la critique ni le public (la palme allant bien sûr à son Monsieur N, dont le monumental four n'aura eu d'égal que celui de Sa Majesté Minor) pour enfin réussir à faire naître le projet abouti qui lui offrirait un succès populaire digne de celui qui le hissa en haut de l'affiche lorsqu'il faisait le zouave avec Garcia sur la chaîne cryptée. Ce projet, c'est l'histoire d'un mec, Coluche. Ou plutôt, c'est Coluche, l'histoire d'un mec. Le film de la dernière chance on pourrait dire, tant il est vrai que si De Caunes n'arrivait pas à remplir les salles en racontant l'histoire du clown le plus célèbre de France, on pouvait dire que sa carrière de metteur en scène était définitivement maudite. Ceux-là peuvent se rassurer, Coluche, le film est une jolie réussite.

"Se pencher vers son passé, c'est risquer de tomber dans l'oubli." disait-il. Portrait d'un homme, d'un événement national, mais aussi d'une époque, Coluche, l'histoire d'un mec est beaucoup de choses à la fois. Ce qu'il n'est pas en revanche, et c'est un point qu'il est très important de souligner, c'est ce que l'on appelle communément un biopic. Non, Coluche n'est pas à ranger aux côtés des Ray, des La Môme, des Walk The Line et autres Ali, Tina et Chaplin, et ceux qui espéraient tout savoir de la vie de Coluche en allant voir le film tomberont de bien haut. En ce qui nous concerne, ce n'est vraiment pas pour nous déplaire. Pourtant bien que conscient du potentiel d'un film ayant pour personnage central l'humoriste préféré des français, Antoine De Caunes, selon ses propres dires, ne voyait pas l'utilité d'un tel exercice de style. C'est ainsi qu'il décide de faire un film centré sur une période spécifique de la vie de Michel Colucci. Coluche, l'histoire d'un mec se concentre donc sur la période fin 80-début 81 durant laquelle le comique se lança dans une course à la présidence pour "leur foutre au cul", à eux, les politiciens de gauche ou de droite dont les promesses non tenues et les mensonges avaient fini par fatiguer leurs électeurs. La suite, tout le monde la connait. Coluche n'obtient pas ses 500 signatures, il reçoit des menaces de mort de la part de partis concurrents voyant d'un mauvais œil sa présence dans la compétition et il finit par se retirer. Mais ce n'est pas le dénouement de l'histoire qui intéresse De Caunes, c'est son déroulement.

Nous voilà donc plonger dans les coulisses de la vie de Coluche. Ses amours, ses excès, ses amis, son amour du bon mot, son envie de foutre la merde. A l'aide d'un scénario bien mené et de dialogues subtils, De Caunes dépeint avec une grande justesse ce personnage qui représente à lui tout seul l'époque à laquelle il a vécu. La fin des trente glorieuses, le début du star-system, l'émergence du "politiquement correct" (et donc du politiquement incorrect par la même occasion), le passage d'une époque où l'on pouvait dire "merde" à la télé en fumant un gros pétard à celle plus moderne où l'on a cessé "de rire de tout, avec n'importe qui". En ce sens, le Coluche, l'histoire d'un mec se retrouve quelque peu coupé en deux, avec une première partie complètement délirante et menée à 100 à l'heure et une seconde plus posée, plus sérieuse, plus sombre aussi, et malheureusement bien plus prévisible. Car si l'on se régale durant la première heure des descriptions disjonctée du quotidien et de l'entourage de Coluche, on est en revanche un peu moins surpris par les tournures politicardes de la seconde moitié. Et oui, lorsque Reiser et le professeur Choron laissent leur place à Jacques Attali, forcément, on perd en fun.

Mais il n'empêche que malgré cette baisse de rythme, Coluche, l'histoire d'un mec se révèle agréable à suivre de A à Z et a pour lui d'éviter tous les pièges inhérents à un genre qui a la fâcheuse habitude de sombrer dans le lacrymal bas de gamme. Difficile de dire que le film est vraiment drôle (au final, les vrais moments de comédie sont les reprises des célèbres sketchs du comique). Mais, si Coluche, l'histoire d'un mec ne se montre pas forcément généreux en émotions "pures" lors de son visionnage, il se révèle en revanche bien plus pertinent dès lors qu'on y repense après son générique de fin. A l'heure où les dessinateurs humoristes historiques sont mis à la porte de journaux dit "contestataires", à l'heure où les comiques les plus applaudis se gardent bien de parler de politique (dans le meilleur des cas), ou montrent des affinités avec un certain parti extrémiste pour faire parler d'eux (dans le pire), bref, à l'heure où une blague peut vous amener derrières les barreaux, le film d'Antoine De Caunes sonne un peu comme une piqure de rappel.
Pour les politiciens d'abord, pour qu'ils n'oublient pas que les problèmes que traversent la France actuellement ne datent pas franchement d'hier. Pour les stars des planches ensuite, pour qu'ils comprennent qu'un comique a aussi le droit de titiller du doigt les points les plus sensibles pour donner un semblant de fond à son propos. Et enfin pour la société actuelle dans sa globalité, pour qu'elle se rappelle que la liberté d'expression n'est pas un crime, et que le seul terrorisme qui frappe notre pays est bien celui qui depuis plusieurs années tente d'éradiquer toute forme de discours transgressif du discours public. Coluche l'avait bien compris : lorsque viendra le jour où l'on pourra se moquer de la même manière des noirs, des arabes, des femmes, des juifs, des handicapés, des homosexuels, des pauvres, des roux, des pianistes et des morts, sans peur de se prendre un procès par une association de soi-disant défenseurs de valeurs bien pensantes, un grand pas vers l'égalité aura été fait. C'est pour cela qu'il restera à jamais le comique le plus génial que la France ait connu, et c'est en cela que le film d'Antoine de Caunes prend toute sa signification.

Les réactions dans les forums FilmsActu
Je disais juste que certaines choses sont tout simplement irremplaçables... Et voir un film sur Coluche, sans Coluche. J'ai un blocage d'entrée de jeu
C'est comme si Brandon Routh jouait Superman... Impensable
Ah ouais mais il était tard et je viens ne sur le forum que lorsque sous l'emprise du rhum.
Mais en gros, je disais: Mettre un nouveau visage sur Coluche n'est pas très grave, nous n'allons pas oublier l'ancien pour autant (mais je ne suis finalement pas sur de bien comprendre ce que veut dire Pavu par "J'irais pas jusqu'à dire que le "nouveau" Coluche est un imposteur... mais voilà, quoi. C'est pas lui. Tout simplement", vu que ça coule de source).
Et surtout, mais là c'était une question: Finalement, peu importe que le film utilise l'image de Coluche si son intérêt réside dans le message politique qu'il contient, l'utilité d'un biopic devenant alors d'attirer le chaland.
Et puis démystifions un peu Yann Rutledge, qui a aimé "Comme t'y est belle!". Le con.
Démystifions un peu Yann Rutledge, qui s'emporte assez facilement quand même :-)
Khayyam, j'ai pas tout compris à ce que tu viens de dire...
Mais oui, lis la critique, elle est super bien (parole de connaisseur), et en plus son auteur est plutôt cool puisqu'il connait personnellement Yann Rutledge !
Ah oui mais faut pas croire qu'on va tous oublier la vraie gueule de Coluche...
Pas avec le marronier que c'est devenu dans toutes les rédactions.
Lorsque Demaison, que j'abhore, se maquille pour ressembler plus encore à Colucci, moi je me dis tant mieux, ça sera du pur cinéma, le genre super facile à encenser pour Télérama (j'ai aimé Ray dans la forme).
Et si ce film cherchait surtout à (ré)activer une pensée politique? Et si ce film utilisait l'image de Coluche pour faire passer cette pensée, comme les journaux la charité? Ca ferait passer la pilule de voir un gars tenter de faire Coluche comme un connard dit coin-coin pour imiter le canard? Dois-je aller voir le film?
Je sais pas... Dois-je lire la critique?
Films
Film / Coluche, l'histoire d'un mecdurée : 1h43 réalisé par Antoine De Caunes
année de production : 2008 sortie en salles : 15 Octobre 2008
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