Pour son premier long métrage, Juan Antonio Bayona s'attaque au genre mille fois exploré du film de maison hantée. Mais parfois, il n'y a rien de tel que les bonnes vieilles recettes pour réussir son coup. Avec L'Orphelinat, le cinéaste signe une œuvre tour à tour angoissante et émouvante, qui brille aussi bien par la qualité de son scénario, plus tortueux qu'il n'y paraît, que par sa mise en scène sobre et élégante. On ne boude pas son plaisir devant cet exercice de style réussi.
Synopsis :
Laura a passé les plus belles années de son enfance dans un orphelinat au bord de la mer, choyée par l'encadrement et entourée d'autres orphelins qu'elle aimait comme ses frères et soeurs.
30 ans plus tard, elle retourne sur les lieux avec son mari Carlos et son fils de sept ans Simon, avec l'intention de restaurer l'orphelinat abandonné et d'en faire un foyer pour enfants handicapés. La nouvelle demeure et le cadre mystérieux qui l'entoure réveillent l'imagination de Simon, qui se met à évoluer dans un écheveau de récits fantasmagoriques et de jeux pas si innocents que ça...
Troublée, Laura se laisse petit à petit aspirer dans l'univers étrange de son fils, qui semble résonner de l'écho lointain et dérangeant de ses propres souvenirs d'enfance.
Alors que le jour d'ouverture du nouveau foyer approche, la tension monte au sein de la famille. Carlos demeure sceptique, certain que Simon a tout inventé pour attirer l'attention de ses parents. Mais Laura est intimement convaincue qu'un mystère longtemps refoulé est tapi dans la vieille maison, attendant son heure pour se révéler en pleine lumière et infliger d'épouvantables souffrances à sa famille.
Une famille, une maison hantée, un drame enfoui qui menace de refaire surface, telles sont les bases du scénario de L'Orphelinat. Autant dire que ce petit film fantastique espagnol propulsé aux yeux du monde par la caution Guillermo Del Toro (Le Labyrinthe de Pan), dont le nom apparaît dès le début du générique, ne paraît pas destiné à bouleverser les codes du genre. Pourtant, il serait dommage de s'en tenir aux apparences et de passer à côté de ce premier long métrage de Juan Antonio Bayona, qui s'impose finalement comme une jolie petite surprise. Pour commencer, précisons qu'il n'est pas interdit pour les amateurs de classiques du cinéma d'épouvante que nous sommes d'éprouver un certain plaisir à se retrouver plongés en terrain familier, surtout lorsque l'exercice de style s'avère vite très maîtrisé. Tout comme Les Autres, œuvre marquante qui participait il y a quelques années à attirer l'attention sur l'émergence de talents en provenance d'Espagne, L'Orphelinat plante son décor dans une demeure isolée du monde et effectue un retour vers les principes fondamentaux d'un genre très codifié, à savoir le film de maison hantée. Cependant, et toujours à l'instar du film d'Amenabar mentionné précédemment, L'Orphelinat dépasse haut la main les clichés habituels et vient prouver qu'il est toujours possible de renouveler même les recettes les plus éculées. A partir d'un canevas archi connu, Bayona ne se contente pas d'occasionner quelques bons moments de frisson mais parvient - et c'est là le plus important - à raconter une histoire profonde et inédite.
Si L'Orphelinat met un peu de temps à faire intervenir le mystère qui formera le nœud de son intrigue, à savoir la disparition d'un enfant, cette attente n'est en rien synonyme d'ennui. Aussi captivante que touchante, la première demi-heure de bobine s'attarde judicieusement sur la relation complice voire fusionnelle entre Laura (Belén Rueda) et son fils adoptif Simón (Roger Príncep). Grâce à une belle utilisation du décor et des zones d'ombre qu'il recèle (les recoins de la maison, la grotte), le métrage prend le temps d'installer de manière insidieuse une atmosphère fantastique et oppressante. Emettant craquements et sons étranges, la demeure s'impose comme un personnage à part entière du film, sans que l'on puisse déterminer si son influence est malveillante ou non. Construit à la manière de poupées russes, un objet qui apparaît d'ailleurs à l'écran tel un signe avertisseur, le scénario de Sergio G. Sanchez s'apparente à un véritable jeu de piste et mène Laura vers une quête qui n'est peut-être pas celle que l'on croit. Ne serait-ce qu'à travers le lien intime que l'héroïne entretient avec les lieux, L'Orphelinat utilise habilement le surnaturel pour établir une connexion entre le passé et le présent, entre le monde de l'enfance et celui des adultes, entre le conscient et l'inconscient. Comme s'il fallait transgresser les frontières entre ces différents univers pour résoudre les mystères du monde réel.
Plutôt que de miser sur des effets visuels et sonores tape-à-l'œil comme l'aurait fait une production hollywoodienne, Juan Antonio Bayona opte pour une approche tout en sobriété et préfère jouer sur le hors champ pour stimuler l'imagination, comme l'aurait fait un cinéaste tel que Hideo Nakata (Ring, Dark Water). Mais si L'Orphelinat atteint si bien son but, c'est non seulement grâce à ses qualités formelles mais aussi grâce à un réel soin accordé à l'écriture de son personnage principal, dont le parcours psychologique parvient tout autant à surprendre qu'à émouvoir. A ce titre, la comédienne Belén Rueda porte littéralement le film sur ses épaules et délivre une prestation remarquable, transmettant de manière poignante la détresse de son personnage tout en lui conférant une force de caractère et une dignité bienvenues. Cerise sur le gâteau, L'Orphelinat réserve des surprises jusqu'à la dernière image, ce qui signifie que la résolution de l'énigme ne déçoit pas. Elle donne même pour ainsi dire matière à différentes interprétations, selon ce que l'on veut y voir.
Films
Film / L'Orphelinatréalisé par Juan Antonio Bayona
année de production : 2007 sortie en salles : 5 Mars 2008 durée : 1h40
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