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La Commune

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Ciné / Critique / le 09/11/2007, 12h48
Par Yann Rutledge

 
14/20     Verdict

Peter Watkins nous offre avec La Commune une oeuvre d'une rare complexité, où pendant près de 3h15 (version cinéma) il tente d'expliquer les tenants et aboutissants de La Commune de Paris, ce soulèvement populaire spontané. Si l'on admire ce désir de casser les codes de narration, de présenter les différents idées de l'époque, de confronter les points de vues, et de parallèlement d'offrir un regard critique sur les questions actuelles, on reste tout de même assez sceptique sur le potentiel public du film. Trop complexe et pas assez séduisant, La Commune risque malheureusement de passer inaperçu auprès d'une large majorité des spectateurs.





Synopsis :

Nous sommes en mars 1871, tandis qu'un journaliste de la Télévision Versaillaise diffuse une information lénifiante, tronquée, se crée une Télévision Communale, émanation du peuple de Paris insurgé... Dans un espace théâtralisé, plus de 200 participants (intermittents du spectacle, chômeurs, sans-papiers, provinciaux, montreuillois, simples citoyens, ...) interprètent, devant une caméra fluide travaillant en plans séquences, les personnages de La Commune pour nous raconter leurs propres interrogations sur les réformes sociales et politiques (...)
Créée à Montreuil en 1999, La Commune est donc une création hors norme. Avec un budget très faible mais grâce à l'étonnante énergie relationnelle de près de 300 comédiens et techniciens convaincus par la pertinence du sujet et l'évidence du propos, Peter Watkins, après 16 mois de préparation intense, a pu reconstituer et restituer en 13 jours l'exceptionnelle et effroyable expérience de La Commune. En se situant au plus près des gens du peuple dans le Paris de 1871, La Commune de Peter Watkins nous réveille et nous rappelle que l'histoire est un matériau vivant en devenir, et qu'à tout moment nous pouvons en devenir les acteurs lucides, conscients et responsables.


Cinéaste engagé politiquement depuis ses débuts, Peter Watkins n'a cessé de gratter là où ça faisait mal, tentant d'exposer fidèlement le monde dans sa complexité et le mettre face à ses contradictions. En somme, faire changer les mentalités. Ces premiers films pour la télévision La Bataille de Culloden et La Bombe étaient en cela d'une audace formelle et thématique stupéfiante, le catégoriserant très rapidement au sein de l'industrie comme poil à gratter dérangeant. Enorme film de près de 6h raccourci à 3h15 pour son exploitation salle (celle qui sort le 7 Novembre 2007), La Commune est un projet atypique et complexe, une oeuvre protéiforme inclassable qui questionne le spectateur en le mettant face à ses propre contradictions. Prenant pour base cette insurrection des Parisiens qui a fait suite à la défaite de Napoléon III contre la Prusse: après un siège de Paris particulièrement dur pour le peuple parisien, la misère est grande. Le 17 et 18 mars 1871, le peuple parisien, qui refuse la capitulation, se révolte. La Commune de Paris est née.

 

Commençons par ce qui est le plus étonnant dans La Commune : sa forme. Le film se distingue déjà de part son élaboration et son tournage. Au lieu d'opérer une simple reconstitution historique transportant le spectateur au coeur de La Commune, Watkins décide de jouer la carte de la théâtralité, et enferme pendant deux semaines 210 personnes dans un studio de cinéma, leur laissant improviser et prendre la parole quand ils en ont envie/besoin. Le cinéaste à préalablement esquissé une ligne directrice, une suite d'événements que ses acteurs devront suivre, mais ces derniers ont véritablement carte blanche pour dire et faire ce qu'ils souhaitent. Watkins crée ainsi une forme de tournage démocratique où les acteurs ont une importance égale à celle du réalisateur et les techniciens. Chacun apporte une pierre à l'édifice et personne ne dirige ni n'impose quoi que ce soit aux autres. 

 

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Peter Watkins cherche aussi à reproduire 200 ans plus tard tous ces débats qui avaient lieu à l'époque à chaque coin de rue et dans les coopératives, cette effervesence des idées politiques. Il a ainsi laissé ses interprêtes libres de leurs paroles, leur permettant en quelque sorte de "refaire le monde". Les nombreux débats présents dans le film portent aussi bien sur la lutte des classes et le féminisme des questions contemporainnes à La Commune, mais aussi sur des problèmes qui appartiennent plus à la société d'aujourd'hui, tels que la situtation des "sans papiers" et plus généralement du racisme en France, la guerre d'Algérie, la mondialisation et les conglomérats, la représentation démocratique, mais aussi et surtout le pouvoir des mass medias, thème cher à Peter Watkins depuis des années maintenant (on y reviendra un peu plus loin). Sortes de débats participatifs qui ont eu leur quart d'heure de gloire durant l'actualité pré-électorale de 2007, ceux-ci tiennent un rôle primordial dans le film de part la multiplicités des points de vues exposés. En effet, alors que le spectateur (devant la télévision ou au cinéma) est constamment écarté de tout débat ou se voit tout simplement dans l'impossibilité d'exposer son propre point de vue sur ce qu'on  lui impose de regarder, Peter Watkins l'invite dans La Communue à prendre part aux débats, peut-être pas dans la salle (quoique, Watkins serait sans doute heureux de voir cela), mais il trouvera en tout cas un interprête à l'écran auquel il s'identifiera et qui défendra ses idées.

 

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Pour traîter du problème des mass medias, Peter Watkins réutilise ce procédé basé sur la rencontre anachronique de la télévision avec un événement historique antérieur à l'invention de la petit lucarne. Le cinéaste avait déjà utilisé cette idée dans La Bataille de Culloden où une équipe de la BBC interviewait les différents protagonistes (soldats de l'armée anglaise et highlanders) de la sanglante bataille écossaise de 1746. Dans La Commune, le cinéaste va plus loin en faisant s'affronter idéologiquement deux chaînes de télévision et leurs respectives équipes de journal télévisé: l'une appartient aux Versaillais (c'est-à-dire les bourgeois),  l'autre née du soulèvement populaire, profondément humaniste et révolutionnaire. Chaque journal télévisé impose ainsi son propre point de vue sur les différents événements: le journal télévisé versaillais condamne cette révolution en dénigrant les Parisiens (et leurs "leaders qui viennent de Pologne et d'Arabie"), les journalistes communards cherchent à se faire relais des idées et débats qui ont lieu un peu partout dans les rues parisiennes. Est ainsi mis à mal cette idée de "télévision roi", cette position privilégiée que détient le petit écran en ce sens qu'il impose sa vision personnelle des événements à tous ses téléspectateurs sans que ceux-ci ne puissent lui répondre directement. La télévision des Communards naît de cette constatation, même si les journalistes de celle-ci viendront à la question de "qu'est-ce que l'on peut dire et ne pas dire ? que peut-on montrer et ne pas montrer ?", et ce bien entendu pour le bien du mouvement.

 

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Malgré cette ferveur visible chez les Communards, on sent tout au long du film que leur aventure est vouée à l'échec, que cette société fondamentalement démocratique et révolutionnaire ne verra pas le jour de façon stable. Ayant l'impression d'un côté d'être surexploités et de l'autre de voir disparaître leurs privilèges, les deux bords sont arrivés à un tel point de saturation que tout cela ne peut se terminer obligatoirement que dans un bain de sang. Lors de la charge des Versaillais qui verra les Communards perdre Paris, Peter Watkins organise par le biais d'un des journalistes communard une interview de ses camarades postés aux bords des barricades, pour y relever leurs impressions, leurs opinions vis-à-vis de La Commune, et surtout leur demander comment tous les événements auxquels nous avons assistés (et auxquels ils ont participé) sont à mettre en parallèle avec la conjoncture socio-politique actuelle. Ainsi, plus qu'un film sur La Commune, Peter Watkins a réalisé un film terriblement contemporain, questionnant les valeurs et la direction (inhumaine d'après ses participants) que prend notre société actuelle. Il faut prendre les armes pour se réapproprier le pouvoir.

 

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Il y a cependant un point crucial sur lequel malgré tout le film de Peter Watkins échoue. Quoi qu'en qu'en pense le cinéaste, même s'il se cache derrière les oripeaux de l'intégrité artistique, La Commune ne touchera qu'un public restreint, d'initiés pourrait-on dire, familiers des différents enjeux traités dans le film, et certainemment même déjà acquis à la cause du cinéaste. Le film n'arrivera malheureusement pas à draîner cette large majorité de spectateurs qui ne connaissent pas ou peu La Commune, et ce public qui se pose encore moins la question des rapports ambigüs qu'entretiennent les médias et le pouvoir, de la nécessité de changer en profondeurs les rapports sociaux. A cause de son inébranlable intégrité, le film de Peter Watkins ne prêchera que les convertis et passera totalement inaperçu auprès des autres. Certes le but que c'était fixé le cinéaste n'était pas réalisable dans un format classique de 1h30, et c'est plus ou moins cela que nous lui reprochons. Revoir ses ambitions à la baisse (sans les vider de leur substance) serait sans doute plus efficace pour changer les mentalités. En ce sens, La Bombe était de loin plus efficace et plus percutant que La Commune.

Nous regrettons d'ailleurs sincèrement ce "verrouillage culturel" très en vogue chez une certaine élite qui estime que la façon de faire passer des idées est moins importante que les idées elles-mêmes. Si la forme est difficile d'accès ou pire rebutante, il est certain qu'une frange de la population ne voudra/pourra pas saisir le message communiqué. Communiquer des idées révolutionnaires et apporter un regard critique se doit d'être fait de façon compréhensible par tous. A quand L'Ennemi Intime version La Commune ?

 

Malgré ces réserves, La Commune s'avère être d'une grande richesse thématique et d'une rare intelligence, un film nécessaire en somme comme il s'en fait rarement au cinéma aujourd'hui. Les cinéastes cherchant à faire réfléchir le spectateur se comptant sur les doigts de la main, l'oeuvre de Peter Watkins est plus que salutaire.

 

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La Commune - Affiche du 24/10/2007 La Commune - Photo du 24/10/2007 La Commune - Photo du 24/10/2007 La Commune - Photo du 24/10/2007 La Commune - Photo du 24/10/2007



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Films

Film / La Commune (Paris 1871)

réalisé par Peter Watkins, David L. Cunningham
année de production : 2000 sortie en salles : 7 Novembre 2007 durée : 3h30
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Fiche
La Commune (Paris 1871)
14/20
La rédaction
Ciné / La Commune (Paris 1871)

Année : 2000
Sortie : 7 Novembre 2007
Durée : 3h30

Réalisateur(s) :
David L. Cunningham, Peter Watkins

Avec :
Christopher Eccleston, Drew Tyler Bell, Frances Conroy, Jim Piddock, James Cosmo...


Pays de production : France

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