Le Monde de Narnia chapitre 2 : Le Prince Caspian
Par Elodie Leroy
FilmsActu.comAprès un premier opus particulièrement inégal, Le Monde de Narnia Chapitre 2 : Le Prince Caspian relève le niveau d'une saga qui reste résolument destinée aux enfants mais parvient cette fois à offrir quelques éléments de satisfaction aux adultes grâce à un casting secondaire parfaitement à sa place. On reprochera une réalisation impersonnelle et un style visuel un peu trop sous influence (merci qui? merci Peter Jackson!) mais Prince Caspian mérite tout de même le coup d'œil et ravivera l'intérêt des amateurs de grosses productions épiques matinées de fantaisie.
Un an après les événements relatés dans Le Monde De Narnia Chapitre 1 : Le Lion, la sorcière blanche et l'armoire magique, les rois et les reines de Narnia sont de retour dans leur merveilleux royaume. Mais dans le pays magique, 1300 ans se sont écoulés... Pendant leur absence, l'Age d'or est arrivé à son terme. Narnia a été conquis par les Telmarins et se trouve à présent sous la domination du malveillant roi Miraz.
Les quatre enfants font bientôt la connaissance d'un étonnant personnage : le véritable héritier du trône de Narnia, le jeune prince Caspian. Celui-ci est contraint de vivre caché parce que son oncle Miraz trame sa perte afin d'imposer son propre fils nouveau-né comme roi. Avec l'aide d'un gentil nain, d'une souris parlante nommée Ripitchip, d'un blaireau appelé Chasseur-de-Truffes et d'un Nain noir, Nikabrik, les Narniens, guidés par les puissants chevaliers Peter et Caspian, s'engagent dans une quête à la recherche d'Aslan, pour sauver Narnia de la tyrannie.


Plus que jamais avec ce second film, la saga Narnia s'impose comme un Seigneur des Anneaux pour gamins. Bénéficiant d'une direction artistique splendide, d'effets spéciaux remarquables et de maquillages à couper le souffle, Prince Caspian est une production visuellement luxueuse qui s'appuie sur un scénario certes enfantin mais de facture honnête. Pourtant, les choses ne s'annoncent pas très bien dans la première demi-heure. Après une scène d'introduction réjouissante centrée sur le Prince Caspian, Adamson manque le coche avec l'entrée en scène des quatre héros, peu enthousiasmante. Au contraire du chapitre 1 qui ancrait solidement les frères et sœurs Pevensie dans l'Angleterre de la Seconde Guerre Mondiale avant de les faire basculer dans un univers parallèle, le début de ce second volet passe beaucoup trop vite sur leur vie dans notre monde. Ensuite, il faut bien le dire, le public adulte risque d'avoir un peu de mal à se réhabituer à la galerie d'animaux parlants qui peuplent le monde de Narnia, et qui donnent lieu à des enfantillages offrant un contraste saisissant avec les problématiques guerrières censées former le cœur de l'intrigue. Cependant, passée la surprise de voir des castors et des souris surgir en plein champ de bataille comme si de rien n'était, la sauce prend plutôt bien et sans qu'on l'ait vu venir. D'abord parce que du haut de ses 2h23, Prince Caspian finit par trouver son rythme grâce à une narration qui gagne en efficacité à mesure que la quête des héros se dessine. Des héros pourtant toujours aussi sommaires, même si la petite Lucy se détache sensiblement du lot, la jeune et très douée Georgie Henley n'ayant rien perdu de sa fraîcheur et jouant une fois de plus de son regard lumineux. Peter (William Moseley) prend un peu d'épaisseur le temps d'une ou deux scènes mais le parcours personnel de Susan (Anna Popplewell) et Edmund (Skandar Keynes) se noie dans la débauche d'action qui régit leurs interventions.

En fait, la clé de la réussite de ce second opus réside davantage dans sa galerie de personnages secondaires, notamment ses méchants. A milles lieues des mimiques grotesques de la Sorcière Blanche, le roi Miraz fait un tyran charismatique comme on les aime dans ce genre de production, Sergio Castellito accomplissant précisément ce que Tilda Swinton échouait à faire, à savoir apporter une crédibilité à l'histoire. Une Tilda Swinton qui revient cependant brièvement, le temps d'une séquence envoûtante au parfum mythologique impliquant le Prince Caspian. Justement, Ben Barnes trouve lui aussi le ton juste en incarnant un prince attachant, dépassé qu'il est par des opposants plus âgés et expérimentés que lui. Si l'on ajoute à cela la prestation étonnante de Peter Dinklage en Nain Rouge, le charme finit par opérer et même le spectateur le plus réfractaire aux pitreries des souris parlantes trouvera tout de même des éléments de satisfaction dans cette épopée fantaisiste. D'autant que, en plus de ce casting réjouissant, un autre constat s'impose assez rapidement : les quatre héros ont grandi et trois d'entre eux sont à présent adolescents, une réalité qui s'avère assez salutaire pour la saga. Elle autorise Adamson à introduire graduellement une certaine violence qui tranche avec l'opus précédent, où même la bataille finale paraissait enfantine. Il faut croire que les Harry Potter 4 et 5 ont réussi à faire accepter l'idée que les enfants pouvaient être exposés à la violence sur un écran, tant que celle-ci reste bien dosée. Bien sûr, n'allons pas trop vite en besogne : Prince Caspian reste une production Disney et ne montre guère qu'une ou deux gouttes de sang inoffensives. En outre, là où un film comme Les Chroniques de Spiderwick transcendait sa qualité de film pour enfants en mettant en parallèle l'action avec les tourments intérieurs d'un petit garçon en pleine crise familiale, Prince Caspian s'en tient à une lecture très premier degré et dédramatise systématiquement toute source de peur potentielle par une touche d'humour plus ou moins heureuse. En résulte certes un léger manque de suspense, mais il faut reconnaître que Prince Caspian tape un peu plus fort que La Sorcière Blanche, ce qui rend la saga Narnia plus accessible aux adultes.

Les scènes d'action n'en deviennent que plus efficaces. On ressent certes les influences pesantes du Seigneur des Anneaux, ne serait-ce que dans la manière de filmer les armées de soldats s'élançant au combat ou encore les aigles survolant des décors médiévaux. Mais à défaut d'être inventives, ces séquences se révèlent lisibles et apportent un rythme tout à fait plaisant à un film qui ne laisse aucune place à l'ennui. Ainsi, lors de l'attaque du château fort par les héros et leur singulière armée, on ne boude pas son plaisir de voir Adamson assumer pleinement le caractère surréaliste de la situation, où des soldats en armure se frittent avec des souris orgueilleuses, des centaures mutiques ou encore des faunes jouant les yamakazis. Et comme il fallait bien que tout cela se termine en bataille finale titanesque façon Retour du Roi, ajoutons que le climax possède un petit souffle épique qui est loin d'être désagréable - exactement ce qui manquait à Le Lion, la Sorcière Blanche et l'Armoire Magique. Bien évidemment, C.S. Lewis oblige, on ne coupera pas aux bondieuseries de rigueur venant quelque peu plomber l'issue de l'aventure, d'autant que la subtilité n'est pas de mise dès lors que le lion fait son apparition. Mais après tout, le premier opus avait donné le ton. Estimons-nous heureux : l'irritant Aslan (tout de même doublé par Liam Neeson) met un bon bout de temps à pointer le bout de son museau et n'occupe qu'une place mineure dans l'histoire.

Nous achèverons cette chronique par une dernière considération sur les similitudes esthétiques et narratives entre cette saga Narnia et la trilogie de Peter Jackson. Si ces ressemblances trouvent bien entendu leur source tant dans la difficulté à innover dans le genre depuis la déferlante Seigneur des Anneaux que dans des considérations purement commerciales, elles font aussi écho de manière intéressante aux parentés entre les deux œuvres littéraires. Comme chacun sait, J.R.R. Tolkien et C.S. Lewis faisaient non seulement partie du même cercle d'écriture de l'université d'Oxford, mais entretenaient une forte amitié, tout en étant rivaux sur le terrain de la littérature. Leurs univers présentaient déjà des points communs, ce qui n'empêchait pas les deux romanciers de connaître de profonds désaccords, notamment sur la manière de transmettre les thématiques chrétiennes. En effet, là où J.R.R Tolkien s'attachait à les distiller de manière subtile et à éviter les symboles trop explicites, C.S. Lewis n'hésitait pas à faire de son lion Aslan un Jésus Christ à peine déguisé. A présent, à l'heure où cette parenté/rivalité se concrétise sur le grand écran, les similitudes visuelles qu'entretiennent les deux sagas s'accompagnent logiquement des mêmes divergences idéologiques. On regrette seulement que Le Monde de Narnia, même avec ses bondieuseries peu subtiles, n'ait pas bénéficié de la patte d'un cinéaste de la trempe d'un Peter Jackson. Andrew Adamson s'impose de manière évidente comme un bon exécutant, mais on aurait aimé un auteur visionnaire.
Un an après avoir traversé l'armoire magique et combattu la terrible Sorcière Blanche, les enfants Pevensies retournent à Narnia. Mais dans ce monde féérique, les choses ont évolué différemment et ce n'est pas un an qui s'est écoulé mais 1300. Autant dire que les lieux ont changé et pas forcément du bon côté. En effet, les Telmarins, race humaine mené par l'impitoyable Roi Minaz, dirigent le monde de Narnia délaissé de tous animaux parlants ou créatures fantastiques qui ne survivent que dans les contes et légendes. Mais, tout espoir n'est pas mort pour l'ancien peuple Narnien. Le Prince Caspian chassé du trône après la naissance de son cousin va pouvoir compté sur l'aide de Peter, Edmund, Susan et Lucy pour récupérer son titre et remettre les choses en ordre. Il est toujours difficile pour un second opus de s'inscrire dans la lignée du précédent, puisque les années séparant les réalisations n'aident pas forcément à la cohérence. On nous avait promis une dose plus adulte pour ce second opus, mais force est de constater que malgré l'effort apparent de vouloir donner plus d'épisme aux actions (renforcé par des scènes, plans et techniques de tournages vraiment supérieurs au premier opus), on se retrouve malgré tout dans un univers très enfantin, où tout est programmé d'avance et où l'on sait que la bataille sera gagnée sans aucune difficulté. On pardonnera plus ou moins cette faute en n'oubliant pas pas d'admirer les impeccables effets spéciaux. Les créatures de Narnia semblent réelles et sont terriblement bien intégrées au décor. Et il faut dire qu'entre centaures, minotaures, souris, blaireaux.. il y avait de quoi nous en mettre plein la vue. Mention spéciale aux griffons.
Il est étonnant de voir à quel point les gosses ont grandi depuis leur première aventure. Même si, bizarrement, ils manient tous les armes comme s'ils étaient de preux chevaliers, il est agréable d'observer la mise en place de chacune de leur scène personnelle. Malheureusement, moi qui adore le minois de Skandar Keynes, j'ai été déçu que son personnage soit si peu mis en avant. Orlando Bloom a du soucis à se faire puisque Ben Barnes, le nouveau de la bande, pourrait bien lui voler la vedette (et c'est pas forcément gratifiant). L'armure lui sied à merveille, son visage d'ange fait des ravages auprès de Susan et ses cheveux longs rebelles s'envolent délicatement vers les cieux lorsqu'il est à cheval. Mais malheureusement, son jeu d'acteur est loin d'être des plus abouti, le jeune offrant une mono-expressivité durant toute la conquête. Quel plaisir également de revoir la magnifique Sorcière Blanche au détour d'une scène glacée ou l'impressionnant lion Asslan n'arrivant qu'au deux tiers du film et pour un rôle trop peu actif. Au final, on sent bien que tout ce que Walden Media peut nous faire, ce sont des films pour enfants. Meme si le Prince Caspian ne s'en sort pas si mal et que son intrigue passe comme une lettre à la Poste, on ressort avec une impression de trop grande facilité malgré tout les efforts que les réalisateurs ont pu effectué pour nous faire frissonner.
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