On peut croire que c'est du cinéma classique et pourtant non. C'est là tout le génie de Robert Zemeckis : transcender le langage cinématographique grâce à une technologie. Le conte de Dickens n'en ressort que magnifié. Certes l'histoire est déjà vue et revue, mais l'écriture du personnage principal de Scrooge est si fine, qu'elle reste une référence. C'est ce qu'on appelle un classique en littérature et ce Drôle de Noël de Scrooge restera certainement comme son adaptation la plus fidèle ces prochaines années.
Au cours de la nuit précédant Noël, un vieillard acariâtre et avare nommé Ebenezer Scrooge qui reçoit la visite successive de trois fantômes incarnant le Noël passé présent et futur. Chacun des trois fantômes lui fait revivre un moment de sa vie qui lui fait prendre conscience qu'il ne trouvera la paix qu'en se consacrant aux autres...
Nous l'attendions de pied ferme mais sans trop savoir quoi en penser, il est vrai. Produit par Disney, Le Drôle de Noël de Scrooge tranche radicalement sur le papier avec le précédent film de Robert Zemeckis, Beowulf, qui nous avait marqué par sa maturité, sa beauté et sa violence. Mais résumer Disney à « pour les enfants » était une erreur : c'est la première impression que l'on tire à la sortie de la projection de ce film, moins sombre que ce que les plus optimistes espéraient mais quand même sacrément dark par rapport au Noël de Picsou (adaptation infantile mais sympathique du Drôle de Noël de Scrooge par Disney). Les enfants seront-ils récalcitrants ? Au contraire, c'est là une partie du génie du film : Le Drôle de Noël de Scrooge est sombre mais plait aux plus jeunes, les effets les plus inquiétants du film n'étant pas là pour les effrayer mais pour les fasciner. Et ça marche !

Robert Zemeckis emploie donc pour la troisième fois consécutive la technique de la Performance Capture, déjà utilisée sur Le Pôle Express et Beowulf. Un rapide rappel s'impose : avec la Performance Capture, le film est certes entièrement réalisé sur ordinateur comme un film d'animation standard mais se base néanmoins sur le jeu de véritables acteurs, recouverts de capteurs et filmés devant des fonds verts pour capturer la moindre de leurs expressions. Une technique qui permet une totale liberté dans la maîtrise du film (les décors sont crées ultérieurement, les mouvements de caméra définis après), et surtout de placer la caméra où l'on veut. Et ça, Zemeckis adore. Devenu spécialiste des « plans impossibles » ces dernières années (la caméra qui suit une plume qui vole dans Forrest Gump, une vue de sous le plancher dans Apparences, etc !), Robert Zemeckis n'est pourtant pas un simple faiseur adepte du démonstratif : chacun de ses plans signifie quelque chose dans la narration et se fond dedans à tel point qu'il n'est pas étonnant qu'une grande partie des spectateurs ne les remarque même pas. Une fois encore il use de ces plans démentiels sans en abuser dans Scrooge, démarrant le film par un plan séquence impressionnant dans les rues et au-dessus des toits de Londres, plaçant sa caméra derrière une poignée de porte au détour d'une scène, ou bougeant une ou deux fois la caméra au milieu de dialogues apparemment anodins d'une telle manière que cela n'était possible que sur ordinateur.


Mais pourquoi utiliser une telle technique pour adapter un conte de Dickens ? Pour la même raison que pour Beowulf : retranscrire toute l'ampleur du film à l'image en maîtrisant le moindre détail et sans dépendre des contraintes techniques associées à un véritable plateau. Ainsi, et c'est là l'une des grandes réussites du film, Zemeckis est parvenu à reconstituer un Londres fidèle à celui décrit dans les livres de Dickens, avec son ambiance si particulière. Il faut se pincer pendant le film pour croire que tout ce film n'est pratiquement que virtuel... Néanmoins s'il y a un élément qui ne l'est pas, ce sont bien les acteurs. Même s'ils ont été reconstitués en 3D, leur performance est bien réelle et la plus incroyable est sans conteste celle de Jim Carrey. L'homme élastique se fond ici dans pas moins de 7 rôles, à commencer par celui de Scrooge vieux mais aussi Scrooge jeune adulte et enfant, ainsi que dans ceux des fameux trois fantômes de l'histoire. Et c'est là le plus incroyable : chaque personnage semble unique. On savait Jim Carrey capable d'une grande précision de jeu et de mimiques, certes souvent utilisée pour la comédie, mais présente en filigrane à travers ses nombreux films. Ici, nous assistons à un véritable tour de force, puisqu'il est aussi crédible en vieux radin qu'en enfant, en fantôme festif (le fantôme des Noëls présents) qu'en fantôme simple (le fantôme des Noëls passés), ou encore en figure macabre silencieuse (le fantôme des Noëls futurs). Les ordinateurs ont beau passer derrière pour remplacer les acteurs à l'écran, le jeu d'acteur est bel et bien là, propre à l'identité de celui qui y prête ses traits (ce qui est aussi valable pour Colin Firth ou Bob Hoskins). A ce titre, l'un des défauts qui subsistait dans Beowulf, à savoir le côté « zombie » des personnages, manquant un peu d'âme dans le regard, est ici pratiquement absent (seul celui de Colin Firth en est encore un peu victime), prouvant que la technologie employée arrive enfin à maturité pour arriver au résultat escompté.
Date de première publication : 04/11/2009 à 00h01
Réactions
Par merzboy le Jeudi 10 Décembre 2009, 12h44A 10 ans, Urotsukidoji ...
pervers !
Par delpedro le Jeudi 10 Décembre 2009, 10h14Moi à 4 ans j'ai vu Indiana Jones...
A 8 ans j'ai vu Robocop 2...
A 9 ans, j'ai vu Leviathan ...
A 10 ans, Urotsukidoji ...
A 11 ans j'ai joué à Resident Evil ...
J'ai fait des cauchemars, j'ai eu des nuits d'angoisse ... mais je suis toujours vivant et relativement sain d'esprit. Les peurs liées à la mort et aux images violentes font parti intégrante de l'enfance : les éviter est à mon sens plus dangereux que de les affronter.
Par Raiden le Jeudi 10 Décembre 2009, 10h04dessins d'animation chouette pour les adultes mais vraiment n'emmenez pas vos enfants de moins de 11-12 ans. Il est lamentable qu'il est dit que ce soit pour tout public. Notre fille de 8ans a été terrifié par tous les spectres qui font vraiment peur surtout l'ombre de la mort (la 3eme), les cheveux méchants,le cimetiere, le cerceuil ...bcp de choses basés sur la mort et la peur. Normalement les films d'animations, surtout basé sur noel sont faits pour faire rever les enfants et non leur entrainer des grosses frayeurs, des cauchemards...c'est dommage!
Moi j'aurais bien voulu voir un film comme ça pour mes 8 ans !
La mort, la peur, la solitude, ça fait partie de la désillusion de Noël, et c'est ça qui fait toute la magie du film.
Au moins, votre fille gardera un souvenir indélébile de cette expérience.
Par Pistouman le Mercredi 2 Décembre 2009, 22h42Certes la 3D apporte énormément à l'histoire que tout le monde connaît notamment celle de Disney intitulée le Noël de Mickey. Si la gestuelle de Jim Carrey apporte énormément force est de constater le manque d'âme en particulier dans le regard éteint des personnages. Quelques longueurs viennent dénaturer un peu l'ensemble et Scrooge reste plus une attraction qu'un film proprement dit. Le public ne semble pas suivre une fois de plus Robert Zemeckis puisque le film connaît un semi-succès après les déceptions commerciales du Pôle Express et de Beowulf, en plafonnant à 105 millions de dollars pour un budget de 200 millions...
Par pavupapri le Lundi 30 Novembre 2009, 17h09Cannibal Holocaust n'est pas non plus pour les enfants et personne n'en chie une pendule...
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Films
réalisé par Robert Zemeckis
année de production : 2009 sortie en salles : 25 Novembre 2009
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