Il ne se passe pas un jour sans que l'industrie du disque et du cinéma accuse de tous les maux les réseaux Peer-to-Peer (P2P), parce qu'ils permettent aux utilisateurs d'échanger illégalement des fichiers audio et vidéo. Certes, sur certains films, les majors ont utilisé ces réseaux d'échanges pour les promouvoir (on se souvient que pour contenter les fans avides d'info sur King Kong, l'équipe de Peter Jackson avait mis à disposition un Journal de bord en forme de vidéo à l'aide du protocole BitTorrent ) mais il faut bien avouer que ces initiatives sont encore très rares à Hollywood et que le P2P est plus que jamais irrémédiablement associé au piratage.
La situation semble cependant évoluer, quelques artistes ayant compris les possibilités offertes par le P2P, certain se sont même mis à concevoir des oeuvres exclusivement téléchargeables sur ces réseaux.

C'est le cas du suédois Anders Weberg qui a mis à disposition des internautes Filter en septembre 2006, un film entièrement pensé et réalisé pour le P2P.
Tout commence une nuit quand Anders Weberg découvre allongé par terre, son fils inconscient. Traumatisé par l'expérience qu'il a vécu, l'artiste a voulu tenter de reproduire toutes ces émotions qui ont affluées en lui pendant qu'il tentait (avec succès, bien heureusement) de réanimer son fils. Etouffement, perte des répères, vertige, tels sont les mots qui viennent à l'esprit de l'internaute-spectateur à la vision du film... Une expérience unique qui n'est disponible que par l'intermédiaire, et c'est une première, du P2P.
En effet, après avoir mis à disposition aux pirates son film, Anders Weberg compte sur ceux qui ont téléchargés le film (les seeders) pour le partager aux prochains téléchargeurs (les leechers). Il est même allé jusqu'à supprimer le fichier originel et tous les éléments utilisés lors de conception du film ! En ayant conscience que la majorité des utilisateurs des réseaux P2P suppriment le film illégalement téléchargé après l'avoir regardé, Weberg sait pertinement que Filter est par essence oeuvre éphémère.

Si la distribution de Filter se fait exclusivement sur les réseaux P2P, c'est aussi parce que la conception même du film n'a été possible que par l'existence même de ces réseaux. Le film est intégralement consitué de samples de fichiers vidéos que Anders Weberg a illégalement téléchargé, d'une foultitude de samples retouchés et remontés, une méthode qui rappelle fortement celle d'artistes adeptes du found footage comme Martin Arnold, David Rimmer ou Bruce Conner.
En comparant Filter à du graffiti, du street-art (ou art urbain), Anders Weberg accepte tout à fait le fait que la survie du film dépende entièrement de l'individu, ce dernier ayant le choix entre faire perdurer l'oeuvre, ou tout simplement l'effacer.
De toute évidence, l'initiative de l'artiste semble plaire, le film étant aujourd'hui toujours en circulation, et ce depuis le 15 septembre 2006.

Gageons que Filter donnera ces prochaines années des nouvelles possibilités d'expression à des artistes qui travaillent dans les nouvelles technologies. Et peut-être, peut-être qu'un jour le P2P ne sera plus directement associé au mot piratage...
Les adeptes de nouvelles images pourrons trouver le film en tapant dans leur moteur de recherche favori le nom du fichier : "Filter[2006]by.Anders.Weberg.P2P-ART.com.XviD.avi".
Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur Anders Weberg, l'artiste à conçu son propre site que vous pouvez trouver ici.




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