Dog Bite Dog
DVD / Test Zone 2 / le 23/10/2007, 6h25
Par Caroline Leroy
Avec Dog Bite Dog,
Soi Cheang délivrait peut-être bien le film hongkongais que l'on attendait depuis des
années, une expérience extrême et radicale qui fait l'effet d'un électrochoc. Filmé avec
les tripes, Dog Bite Dog dépeint un
monde cruel dans lequel un jeune homme part à la découverte de son humanité
tandis qu'un autre s'enfonce dans la spirale fatale de la vengeance. Devant la
caméra de Soi Cheang, on retrouve Edison Chen (Infernal Affairs 2), tour à tour démoniaque et angélique, face à
Sam Lee (Gen-X Cops), dans un
contre-emploi stupéfiant. Deux "chiens enragés" dont l'affrontement
aussi inéluctable qu'impitoyable fait exploser une violence viscérale rarement
vue à l'écran. Une descente aux Enfers nihiliste et impitoyable, un film tout simplement bouleversant.
Dog Bite Dog
arrive dans les bacs le 24 octobre prochain sous la bannière CTV, dans un
coffret double-DVD qui offre une galerie de suppléments de grande qualité comme
on aimerait en voir plus souvent.
Le transfert fait globalement preuve d'une qualité
satisfaisante, avec notamment des tons de couleurs qui nous plongent
directement dans l'univers extrêmement sombre du film. Toutefois, la
comparaison avec l'image du DVD hongkongais sorti chez Joy Sales révèle des
différences qui ne jouent pas forcément en la faveur de l'édition française. On
remarque tout d'abord que l'image a été zoomée, ce qui a pour résultat la perte
de quelques pixels en bas et sur les côtés de l'image. D'autre part, outre la
définition, certes satisfaisante mais loin d'être aussi remarquable que sur le DVD
hongkongais, l'étalonnage a subi quelques modifications. En fait, les tons
chauds sont globalement restitués avec finesse et fidélité, en dépit d'une image
assombrie, mais les tons bleutés qui caractérisent certains plans de jour
tirent vers le vert voire disparaissent entièrement. C'est donc une esthétique
différente que l'on découvre sur cette édition française. Par ailleurs, le
contraste se révèle de bonne tenue et la compression peu gênante.
Elodie Leroy
Dog Bite Dog édition Joy Sales (HK)
Dog Bite Dog édition CTV International
Dog Bite Dog édition Joy Sales (HK)
Dog Bite Dog édition CTV International
Documentaire : le journal du
tournage (1h07)
Dans ce documentaire aussi brut de
pomme que le film, les scènes de tournage s'enchaînent les unes après les
autres, sans transition, nous invitant à papillonner d'un point à l'autre de Dog
Bite Dog. On voit Soi Cheang donner ses directives à Sam Lee, à Edison Chen
et aux autres acteurs avec la même précision et le même calme. Le réalisateur
ayant une idée très précise des rôles et de l'ambiance qu'il souhaite voir
portée à l'écran, il entre dans des discussions sans fin avec ses comédiens
principaux et secondaires, qui peuvent aussi avoir leur mot à dire. Sam Lee se
voit à plusieurs reprises poussé dans ses derniers retranchements, Soi Cheang
exigeant de lui qu'il sorte tout ce qu'il a lors des scènes les plus violentes.
Outre ces moments instructifs, l'intérêt de ce journal de bord est que l'on
assiste vraiment au tournage lui-même, on voit les caméramen se déplacer en
fonction des pas et des mouvements des comédiens. Les doublures des acteurs ne
sont pas non plus ignorées, et l'on peut voir notamment le cascadeur qui double
Edison Chen se faire percuter par un camion et ce jusqu'à ce que la prise soit
bonne. Sam Lee s'improvise reporter afin de nous commenter la scène d'accident
de voiture que l'équipe est sur le point de tourner, et dont la préparation a
commencé à 5h du matin. Avec le même humour, il commente aussi les scènes
tournées en Thaïlande dans le "fight club" où son personnage se bat.
Quant à Edison, il semble nettement plus réservé, à l'instar de son personnage.
Il donne tout de même de très intéressantes impressions sur le film, sur son
rôle et sur les méthodes de Soi Cheang, sa place particulière dans l'industrie
hongkongaise. Sa perception de l'évolution du cinéma de Hong Kong est
extrêmement lucide et intelligente. Un passage à ne surtout pas manquer, qui
intervient au bout de 44 minutes de documentaire. L'impression générale au vu
de ce reportage est celle d'un tournage difficile, aussi éprouvant physiquement
que psychologiquement, à l'image du film.

Entretien avec le réalisateur :
Soi Cheang, cinéaste enragé (26')
Cette exclusivité CTV est réalisée
par Frédéric Ambroisine. Le cinéaste retrace son parcours, depuis ses premiers
pas il y a 14 ans, jusqu'à Dog Bite Dog. Son premier projet en tant que
réalisateur fut un téléfilm, une commande dont il s'acquittait pour une chaîne
locale, l'industrie du cinéma n'étant pas florissante à l'époque. Après avoir
dégotté un budget d'un million de dollars HK auprès de producteurs, il a tourné
son premier film, Diamond Hill, sur un scénario de Au Kin-Yee, la
scénariste de Johnnie To et Wai Kar-Fai. Il ne s'étend que très peu sur ce
film, pour se concentrer sur le suivant, Horror Hotline, un film
paranormal développé sur un budget quatre fois plus conséquent. Il énumère les
autres projets du même type qui s'en sont ensuivis, pour arriver à Love
Battlefield et Home Sweet Home, ses longs métrages les plus connus.
Il s'attarde longuement sur la structure du scénario, point qu'il a peiné à
maîtriser pendant des années. Il en arrive bien sûr à Dog Bite Dog, à la
façon dont il a travaillé la première mouture du scénario avec Matt Chow, à
l'extrême violence du film qu'il avait soigneusement cachée à son producteur
Sam Leong lorsque est venu le moment de tourner. Très sincère et direct, Soi
Cheang n'a pas peur de dire qu'il souhaitait tourner un film sans concession,
qu'il lui était par-dessus tout important de l'aimer lui-même. Autre passage
passionnant, celui où il décrit la genèse du personnage d'Edison Chen, entre
fiction et réalité inspirée de documentaires sur les enfants cambodgiens. Une
interview très riche qui permet de découvrir un réalisateur captivant,
assurément l'un des plus importants du cinéma de Hong Kong actuel.
Le travail de diction (3'57)
Ce petit bonus se passe une fois
encore d'introduction et dévoile les essais d'Edison Chen en cambodgien,
répétant à n'en plus finir les mêmes mots. Puis vient le tour d'un autre acteur
censé parler thaïlandais. Quant à Lam Suet, il doit s'exprimer en anglais.
Amusant.
Un peu d'humour dans un monde de
brutes (17'10)
Qui dit humour dit intervention de Sam Lee, et l'on n'est
pas étonné de retrouver celui-ci à l'écran au bout de quelques secondes de
documentaire, se lamentant au sujet des longues séances de maquillage
auxquelles il est astreint chaque jour. Mais chacun y met du sien, certaines
prises censées être tragiques finissant parfois par tourner à la franche
rigolade. Soi Cheang martyrise peut-être ses acteurs, mais il lui arrive de
rire aussi, comme le prouve ce petit supplément très sympathique, bon
complément au journal du tournage.

Scènes coupées (6')
Ce bonus propose de découvrir
quatre scènes coupées de Dog Bite Dog. La première, L'arrivée au
restaurant (2'09), montre Edison Chen arriver au restaurant en taxi, puis
s'installer à une table. Certains moments sont entièrement muets. La deuxième, Une
traque sans merci (2'22), s'intéresse aux flics en pleine traque de
suspects, bientôt rejoints par un Sam Lee déchaîné. La troisième, Sans
réponse (0'28), est tellement courte et obscure qu'elle en devient
anecdotique. Pour finir, Une raison de vivre (1'25), entièrement muette,
montre des enfants abandonnés se disputer des restes de nourriture au milieu du
tas d'ordures, images montées en parallèle avec celles d'Edison travaillant
dans les champs en Thaïlande.
La Conjuration des esprits (1')
Petite vidéo éclair montrant
l'équipe planter les bâtonnets d'encens.
Le seul regret concernant cette édition française de Dog Bite Dog concerne l'absence du commentaire audio du réalisateur, présent sur l'édition HK. L'excellente interview de Frédéric Ambroisine rattrape cependant cette lacune.