Le Retour de l'Inspecteur Harry - Deluxe Edition
Par Sabrina Piazzi
Après le dur échec commercial de Honkytonk man, sa dernière réalisation, Clint Eastwood doit renflouer les caisses de sa société de production Malpaso (nom d'une crique au sud de Carmel en Californie) et redorer son blason auprès de la Warner. Pour cela, rien de tel que ressortir le Magnum 44 du placard, sept ans après L'Inspecteur ne renonce jamais. Non seulement Clint Eastwood retrouve son personnage pour la quatrième fois mais il passe cette fois derrière la caméra pour instaurer une ambiance plus intimiste et personnelle, sans pour autant altérer la violence qui a fait la renommée de la saga. Il s'agit du plus gros succès de la franchise.
Sudden Impact : Le Retour de l'Inspecteur Harry apparaît aujourd'hui comme l'épisode le plus sombre de la série, le plus froid et le plus psychologique. Clint Eastwood n'est pas homme à réaliser une suite décervelée. Il livre une de ses plus belles réalisations doublée de nombreux hommages aux films noirs et à Alfred Hitchcock tout en servant admirablement l'excellent scénario concocté pour l'occasion. Les clins d'œil se multiplient, de Marnie (le traumatisme de Jennifer et l'utilisation de la couleur rouge) à Psychose (le fils de dos cloué dans son fauteuil) en passant par Vertigo (San Francisco et son Golden Gate), mais ils se fondent dans l'histoire de ce spectacle musclé. Sondra Locke, alors compagne d'Eastwood, tourne à nouveau pour le réalisateur après Josey Wales hors-la-loi, L'Epreuve de force et Bronco Billy. Blonde froide et ambiguë, elle est troublante tout du long et comme dans les films cités, elle tient tête à son partenaire comme rarement une actrice l'aura fait durant la carrière de l'acteur. Il faut dire qu'Eastwood n'a pas comme habitude de la ménager... Le face à face Eastwood-Locke fait à nouveau des étincelles.
L'acteur-réalisateur joue avec sa notoriété et manie brillamment l'ironie sur son image véhiculée par les opus précédents en offrant aux spectateurs une poursuite volontairement mollassonne et à la limite de la parodie, où Harry se retrouve au volant d'un bus pour retraités (qui l'encouragent « à rattraper ce fils de p*** ») poursuivant un truand en moto, qui finit dans les bacs à fleurs. De plus, Harry fait équipe avec un nouveau partenaire appelé Meathead (en français Patate, Polpetta en italien), un bulldog pétomane et incontinent qui survit à la fin du film, contrairement aux anciens partenaires de Callahan.
Instaurant une atmosphère de film noir dès les sublimes premières images de San Francisco survolée de nuit, les radios de police en fond sonore, Clint Eastwood conditionne à nouveau le spectateur dans l'univers d'Harry Callahan durant le premier quart d'heure (le phrasé, les méthodes, le Magnum 44). Le personnage nous apparaît les cheveux grisonnants mais n'a rien perdu de sa verve légendaire, pour preuve voici sa première grande réplique du film : -« Ecoute pouilleux, pour moi tu n'es qu'une merde de chien qui s'étale sur un trottoir, et tu sais ce qu'on fait d'une merde de ce genre ? On peut l'enlever soigneusement avec une pelle, on peut laisser la pluie et le vent la balayer ou bien on peut l'écraser, si tu veux un conseil d'ami choisit bien l'endroit où on te chiera ». On ne saurait faire plus efficace...
L'humour est également de la partie avec des répliques cinglantes du genre « Patauger dans la pourriture de cette ville, voir monter la corruption, l'apathie et la paperasserie. Non ça ne me fait rien. Tu sais ce qui me dégoûte, ce qui me donne vraiment envie de vomir ? Te voir bouffer ce hot-dog. Personne, je dis bien personne ne met de ketchup sur un hot-dog ! ». Que du bonheur !
Le personnage d'Harry nous apparaît plus dur que dans le dispensable troisième film mais également plus humain et émouvant. Toujours aussi dégoûté par la bureaucratie, il est écarté de San Francisco pour enquête. Sorti de sa ville, Harry découvre un nouveau territoire de chasse. C'est l'autre bonne idée de cette suite, mettre Harry en territoire inconnu autant physiquement que psychologiquement. Quand il rencontre cette femme qui lui tient le même discours que lui dans le premier film « notre époque n'admet qu'une caricature de justice », Harry en reste comme deux ronds de flan, il vient pour ainsi dire de rencontrer son alter ego. A l'instar de James Stewart dans Vertigo, Harry Callahan est attiré par la duplicité de cette femme mystérieuse. Complètement paumé jusqu'à la dernière image du film, Callahan vient de vivre son aventure la plus traumatisante.
Eastwood marque de sa griffe l'univers instauré par Don Siegel et signe un des meilleurs thrillers des années 80 et un de ses meilleurs films tout court. Malgré cette solide reprise en main, Buddy Van Horn mettra un terme à la saga avec le pathétique dernier opus, La Dernière cible.

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