Samedi 26 Janvier 2008 : troisième jour de projection à Gerardmer. Au programme cette journée, le nouveau film de Romero, forcément ultra attendu : Diary Of The Dead. Surprise, après Rec et Cloverfield, voici le troisième film à reprendre le style amateur qui semble s'être emparé du festival. Et déjà le genre accuse des gimmicks fatigants.
La journée s'est poursuivie avec la projection de Stuck de Stuart Gordon, déjà présenté le soir de l'ouverture après Cloverfield, mais que nous n'avions pas vu et dont Arnaud Mangin va vous dire tout le bien qu'il pense. Deux films espagnols se sont ensuite enchaînés : Aparecidos, au concept intéressant mais mal exploité, et le magnifique L'Orphelinat, produit par Guillermo Del Toro et qui a flanqué une claque à la salle toute entière.
Sortie : 23 Avril 2008
George A. Romero est fou ! Bon, il est aussi vieux - l'un expliquant sans doute l'autre - mais il conserve encore suffisamment la tête sur les épaules pour ne pas être sénile vis-à-vis des sujets qu'il aborde. Comme toujours lorsqu'il met ses zombies chéris en avant, le cinéaste est à nouveau interpellé par des faits de société actuelle à l'issue quasi apocalyptique. Après la guerre, les conflits de consommation, la bactériologie et le terrorisme, il s'intéresse désormais au chevauchement des médias et du voyeurisme. Ou comment les journaux TV, Internet, Youtube, Webcams, téléphones portables et autres outils de communications manipulables à l'infini permettent plus de satisfaire les amateurs d'images choc que de réellement informer. Une bonne occasion pour lui de jouer la carte des formats multiples pour livrer une histoire formellement intéressante et expérimenter le « film nouveau » avec tout ce que la technologie actuelle peut offrir. Plus précurseur que jamais, Diary Of The Dead est certes le troisième film du festival raconté en vue subjective par un héros tenant lui-même la caméra (après Cloverfield et Rec) mais il éclate pourtant déjà ce nouveau genre de narration en trichant ouvertement et préférant ses bons vieux codes cinématographiques traditionnels. Le film est même un paradoxe à lui tout seul qu'affectionne le bonhomme : un film professionnel essayant de jouer la carte de l'amateurisme, mais dont les amateurs en question cherchent à faire du cinéma en illustrant musicalement leur documentaire au cadre et montage les mieux préparés. C'est malin et ça ne fait pas mal au crâne.
Mais comme dit plus haut, Romero est fou. Fou en ce sens qu'il atteint l'âge de la décontraction la plus complète et que malgré ses relents gores, Diary Of The Dead n'est même plus un film d'horreur mais une bonne grosse potacherie cynique et assumée lorgnant carrément vers le cartoon dans la mise à mort de ses monstres. Et oui, Romero se caricature... positivement. On est là pour rigoler, sans doute pour désamorcer le propos gravement malsain (un peu comme dans son culte Creepshow), et on explose des zombies à tire-larigot avec tous les outils qui traînent, on se vanne, on panique grave et courant dans tous les sens et on prend même le temps de faire de l'autodérision sur ses œuvres passées. Une scène d'ores et déjà culte avec un personnage Amich restera probablement parmi les plus mémorables de sa filmographie. Une fois passé cet étrange effet de surprise qu'est le fun, on prendra même le temps d'apprécier la scène finale où le réalisateur combine SA version délirante de La Momie et Resident Evil réunis, alors qu'on lui avait soustrait les projets officiels dans les années 90. Et ouais, George règle ses comptes avec Hollywood.
Le seul hic dans tout ça, c'est que George est aussi un vieux monsieur et qu'il n'a plus la pêche d'antan. Outre ses nombreuses mises à morts rigolotes et l'ambiance Farelly Shaun of the Dead de la chose, le film souffre d'une histoire ronflante (un road-movie où les personnages passent d'un point A à un point Z en traversant toutes les autres lettres de l'alphabet) et d'une direction d'acteurs franchement limite qui freinent quelque peu l'entrain général. Drôle, mais mou ! Au final, on attendait forcément un peu plus de la part du créateur de Zombie et cette cinquième aventure des morts ne restera qu'un moment sympa mais mineur de son œuvre.
Sortie : indéterminée
Si l'on excepte sa double participation aux Masters Of Horror, le plus en plus sympathique Stuart Gordon transforme l'essai de son retour aux longs métrages épatants. Il est même facile d'avancer que s'il n'avait pas été président du Jury - et donc en compétition officielle, son Stuck aurait certainement remporté un prix. Après le déjà très bon Edmond qui se focalisait sur la recherche identitaire, Stuck se penche sur les destins fragiles de gens qui se perdent totalement. Qui se perdent dans des professions désagréables, dans un chômage persistant, dans la perte du logement, dans l'immigration clandestine ou dans la drogue. Ces mêmes petites gens pour qui le destin n'aurait de cesse de s'acharner jusqu'à la violente confrontation frontale dont il est question ici. Elle, obligée de faire des pieds et des mains pour ne plus essuyer les fesses des personnes âgées dont elle s'occupe ou pour obtenir un week-end, dopée aux ecstasys et conduisant sans regarder devant elle... Lui, dont l'ANPE se fout totalement, ayant perdu son logement, se trimballant un malheureux caddie en guise de valise et ne regardant même plus la signalisation pour savoir s'il peut traverser la rue. Le choc est inévitable.
Jusque là, rien d'extraordinaire à une époque où les accidents de la circulation sont légion. Sauf que dans cette histoire inspirée d'un vrai fait divers, la chauffarde Mena Suvari préfère prendre la fuite avec le piéton Stephen Rea encastré et coincé dans son pare-brise. Soit un hallucinant portrait de la bêtise engrangeant la bêtise et de la peur panique basculant dans un burlesque tel que personne n'aurait pu imaginer s'il n'était pas vraiment arrivé. Parce qu'il est encore vivant, coincé dans la voiture mais aussi dans le garage de celle qui préfère oublier ce drame en continuant sa vie comme si de rien n'était, le malheureux passera les pires 24 heures de sa vie à tenter de s'extirper de son improbable piège. Un sommet immédiat d'humour noir en tout cas, flirtant habilement avec le thriller circonstanciel et pouvant se ranger sans mal aux côtés des classiques que sont Fargo ou bien encore Un Plan simple. Dans leur genre, eux aussi sont de jolis pamphlets sur les situations qui dégénèrent et les surprises que nous réservent nos propres comportements. On est conquis !
Aparecidos
Sortie : courant 2008
Un frère et sa soeur se rendent au chevet de leur père, un homme qu'ils n'ont quasiment pas connus de leur vie. Dans un coma irrémédiable, ils décident d'autoriser son débranchement non sans effectuer avant un petit road-trip pour retrouver la maison de leur enfance. Mais en chemin, la découverte d'un carnet mystérieux va provoquer des visions, des apparitions, liées à des meurtres... Ils vont se rendre compte qu'ils peuvent changer le passé.
Le concept du film semble un peu fouilli sur le papier mais très convaincant une fois sur l'écran, offrant un rayon de possibilités scénaristiques et de rebondissements assez poussé.
Malheureusement, fatigue festivalière oblige (journée de 20 heures, on a la pêche mais au moindre arrêt on pique du nez), j'ai dormi à la projection donc nous en reparlerons prochainement !
Sortie : 5 Mars 2008
Inutile de revenir sur L'Orphelinat ici, Elodie Leroy ayant joliment expliqué toutes les qualités du film dans sa critique publiée ces dernières heures. Néanmoins, une petite précision s'impose : si le film est magnifique, on retrouve énormément de similitudes avec le Saint Ange de Pascal Laugier. Néanmoins après avoir parlé avec le réalisateur, celui-ci n'avait pas vu Saint Ange et vu la réussite des dites scènes dans L'Orphelinat, on veut bien le croire. Quoiqu'il en soit il ne s'agit absolument pas d'un défaut puisque les deux films fonctionnent à merveille.
Retrouvez la critique complète de Elodie Leroy
Textes écrits par Arnaud Mangin et Kevin Prin
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