4 mois, 3 semaines, 2 jours - Edition Collector
DVD / Test Zone 2 / le 05/04/2008, 9h04
Par Sabrina Piazzi
Bac Vidéo délivre
une fois de plus (on se souvient du récent
Caramel -
voir
notre test dvd) avec le vainqueur 2007 de la Palme d'or une édition double
DVD de toute beauté chargée en bonus. Il manque peut-être un long making of
pour en faire une édition incontournable mais ce qu'elle propose demeure très
instructif et enrichissant. Pour ce qui est du film, la suprême récompense
cannoise est largement méritée,
4 mois, 3 semaines, 2
jours est une oeuvre simple et profonde, touchante et captivante de
bout en bout qui réveille les tabous de l'avortement dans la Roumanie
communiste de Nicolae Ceausescu. Un sujet délicat traité de front par un
réalisateur très doué et maîtrisant parfaitement son sujet. Sans conteste l'un
des moments forts de l'année dernière.
DVD 1
Interview de
Bernadette Lafont (18min46) (Présidente du Jury de l'Education nationale du
Festival de Cannes 2007)
Au cours du Festival de Cannes 2007, répondant à un
groupe d'étudiants avec tout le naturel et la simplicité qu'on lui connaît, Bernadette
Lafont s'exprime sur l'effet d'être Présidente du Jury pour le Prix de
l'Education nationale. L'actrice s'était déjà occupée de métiers de la
formation entre 1988 et 1996 dans le Gard où étaient organisés des stages
pratiques dans tous les métiers du cinéma. Elle se dit convaincue de
l'importance du cinéma dans la pédagogie et l'éducation au même titre que la
littérature, la peinture, la musique. Le cinéma d'auteur est pour elle un bon
moyen de véhiculer des idées politiques. Elle s'exprime aussi sur les critères
sur lesquels se pose le jury pour décerner le grand prix de l'éducation
nationale. On finit par se demander pourquoi l'éditeur nous a proposé cet
entretien, par ailleurs excellent, sur le DVD de 4 mois, 3 semaines, 2 jours.
Certes, Lafont était la présidente du jury ayant décerné le prix au film de
Mungiu, mais l'interview s'égare dans sa deuxième partie sur la carrière de
l'actrice : quels films a t-elle aimé au Festival, le marathon cinéma,
l'évolution du Festival de Cannes et de l'industrie du cinéma, son meilleur
souvenir, ses rencontres déterminantes (Chabrol et Truffaut)...Oui mais non, on
a beau aimer Bernadette
Lafont, cet entretien n'a pas sa place sur le DVD de 4
mois, 3 semaines, 2 jours.

Prix de
l'Education nationale au Festival de Cannes
Vous retrouverez par écrit cette fois-ci
l'historique de cette récompense. Créée en 2003, cette branche parallèle du
Festival de Cannes permet de sensibiliser les élèves à une œuvre
cinématographique au moment de sa sortie en salles. Le premier film à avoir
obtenu ce prix est Elephant de Gus Van Sant (qui a ensuite
récolté la Palme d'Or) puis La Vie est un miracle, Marie-Antoinette... et donc
4 mois, 3 semaines, 2 jours.
Présentation
de la collection « à-propos »
Cinq pages expliquant en long en large et en travers
la collection dont est issue le DVD de 4 mois, 3 semaines, 2
jours. Des étudiants de BTS audiovisuel et des étudiants en journalisme,
dans le cadre de leur formation, filment et commentent le Festival de Cannes au
jour le jour, encadrés par leurs professeurs. Un site a été créé et mis à jour
en temps réel durant le Festival. Une collection de doubles DVD présentent
leurs travaux et comportent en plus du film, des dossiers pédagogiques,
artistiques ainsi que des analyses, uniquement pour les films ayant été
récompensés par le Prix de l'Education nationale. Ces DVD sont destinés
principalement au monde de l'enseignement et de l'éducation.
Un pur et
dur film d'auteur par Christine Juppé-Leblond
Vous disposerez
de cinq pages à lire sur l'avis et la critique du film par l'inspectrice
générale de l'Education nationale, chargée du cinéma et de l'audiovisuel... suivie des membres du jury 2007.
L'interactivité du premier disque s'achève sur les filmographies de Cristian
Mungiu, Anamaria Marinca, Laura Vasiliu, Vlad Ivanov et Luminata Gheorghiu, et les bandes-annonces de 4 mois, 3 semaines, 2 jours (vostf, 1min35), Caramel (vf,
2min01), La Mort de
Dante Lazarescu (vf, 1min) et 12h08 à
l'est de Bucarest (vost, 1min22).
DVD 2
Rencontre
avec Cristian Mungiu (30min20)
Exprimé dans un anglais parfait, cet excellent et indispensable entretien
est la pièce maîtresse de ce coffret DVD. Revenant tout d'abord sur sa
carrière, Cristian Mungiu aborde
ensuite les thèmes de son film et l'impact de celui-ci en
Roumanie tout comme dans le reste du monde. Dans la seconde partie de
l'entretien, Mungiu dissèque son film, plus précisément les personnages et
leurs motivations. La mise en scène, les plans séquences et le montage sont
passés au peigne fin.
Puis, le réalisateur évoque la préparation avec ses comédiens avant le
tournage. Réfléchissant longuement aux acteurs avant le casting, il leur fait
faire de multiples lectures et auditions même si son choix s'est déjà porté sur
un acteur ou une actrice en particulier. Une fois le casting arrêté, les
répétitions s'enchaînent et le texte doit être su par cœur tout comme les
intonations voulues par le cinéaste.

Enfin, l'entretien ne passe pas à côté du sujet du
film, l'avortement. Pour Mungiu, les personnes choquées sont celles qui ne
veulent pas voir la vérité en face. La scène du fœtus a été tournée sous deux
angles différents. Certains confrères et autres professionnels l'ont averti de
l'aspect choquant de l'entreprise et du fait qu'il ne pourra jamais vendre son
film. Mungiu est passé outre ces avertissements.
Cristian
Mungiu, à cœur ouvert, parle de son pays la Roumanie, de l'impact de son film
et des nombreuses réactions. Emu quand on lui évoque la Palme d'Or, il répond
simplement qu'il est heureux qu'on ait enfin parlé de son pays de façon
positive.
Rencontre avec Anamaria Marinca (en
anglais, 17min15)
L'excellente actrice vue dans le film de Francis Ford Coppola, L'Homme sans âge, s'exprime
à son tour sur le long métrage de Cristian Mungiu. Elle dit
avoir été accrochée dès le départ par l'histoire. Trois jours après avoir lu le
script, elle passe une audition pour le cinéaste... une semaine après, le
tournage commençait. Elle traite ensuite du travail fait en amont avec le
réalisateur, des répétitions puis du tournage avec ses changements constants,
et des différentes versions réalisées pour chacune des scènes, le plus
difficile ayant été d'apprendre une quantité de textes inédits la veille du
tournage de la scène correspondante. Après l'aspect technique, Anamaria Marinca passe aux
thèmes du film (l'amitié et ses sacrifices), son personnage, l'intérêt
d'intégrer le spectateur et bien évidemment de la scène du fœtus. L'entretien
se clôt sur son avis sur les heures Ceausescu qui avait banni l'avortement.

Rencontre
avec Oleg Mutu et Cristian Mungiu (en roumain sous-titré français, 31min46)
Dans un premier temps (environ 7 minutes), le chef
opérateur Oleg Mutu revient sur son travail sur 4
mois, 3 semaines, 2 jours et sa collaboration avec Cristian Mungiu.
Comme ce dernier, le directeur de la photographie s'attarde sur le désir
d'immiscer le spectateur au cœur même de l'intrigue grâce à l'utilisation de la
caméra portée, du refus des conventions et de la volonté de rendre les espaces
tels qu'ils étaient à l'époque en 1987, le tout agrémenté de photos, d'images
de tournage et de scènes disséquées. Oleg Mutu laisse ensuite la place à Cristian
Mungiu dans un entretien vraisemblablement réalisé après Cannes. Même s'il
reprend quelques propos entendus dans la première rencontre, le réalisateur
approfondit son commentaire et s'attarde sur certaines scènes en particulier.
Il revient sur l'histoire d'origine, les relations entre les personnages, le
scénario et son évolution, le style du film, les plans-séquences, les fins
alternatives (disponibles dans la section des scènes coupées), les décors... Si
on relie les entretiens entre eux, on obtient le commentaire audio parfait et
indispensable, une vraie leçon de cinéma. Pour terminer, Cristian
Mungiu explique qu'il souhaite éviter les étiquettes et qu'il tournera
probablement de manière différente son prochain long métrage. Quand on lui
demande quels sont ses prochains projets, il avoue être intéressé par d'autres
histoires se déroulant sous le communisme mais également d'autres scénarios
plus modernes. Mungiu n'est pas nostalgique d'une époque révolue.


La
Caravane : présentation du film à travers la Roumanie (15min39)
2007 :
première Palme d'or du cinéma roumain. 2007 : La Roumanie entre dans
l'U.E. Aujourd'hui, il ne reste que 37 salles de cinéma pour plus de 20
millions d'habitants dans tout le pays. Le taux de fréquentation des salles en
Roumanie est le plus faible d'Europe. Le distributeur a ainsi eu l'idée d'une
projection itinérante du film dans les villes où les salles de cinéma ont
disparu. 15 salles tour à tour renaîtront ainsi pendant un mois. Le reportage
est émouvant et les spectateurs tout comme les projectionnistes assistent à
l'arrivée de la caravane, au montage de l'écran, au nettoyage des salles
laissées à l'abandon et aux transformations nécessaires à la projection. Les
spectateurs découvrent avec émotion la première Palme d'or de leur pays et
surtout la joie de retourner au cinéma. De Calarasi à Zalau en passant par
Tulcea, les salles se remplissent à quasiment 85%. 17 584 spectateurs viendront
au cours de ce mois voir le film de Cristian Mungiu.


Trois Scènes coupées
Sont
d'abord disponibles les deux fins alternatives évoquées dans les entretiens
avec Cristian Mungiu. La fin est sensiblement différente, un zoom arrière pris
de l'extérieur montre la neige commençant à tomber. Dans la première version,
Otilia regarde son amie Gabita. Dans la seconde Otilia regarde vers la caméra.
Deux fins plus explicites que le réalisateur a préféré changer afin de laisser
le spectateur imaginer la suite. La dernière scène était en fait la scène
d'exposition où l'on voyait Gabita chez elle avec son père. Ce dernier lui dit
qu'elle n'a pas l'air bien. Gabita se plaint d'une rage de dents et lui
explique qu'elle doit aller se faire soigner. Otilia l'appelle pour lui dire
qu'elle a trouvé l'hôtel.


Cette très belle interactivité s'achève sur une galerie
de photos du tournage et du film.
EN +
CD
ROM : Dans le cadre du programme « à-propos » évoqué dans
l'interactivité du premier disque, l'éditeur édite le CD ROM contenant les
travaux des étudiants et de leurs professeurs lors du Festival de Cannes. Ce CD
ROM contient quelques dossiers pédagogiques, thématiques et culturels, des
analyses de séquences ainsi que leur découpage, des liens vers les sites
internet du Festival de Cannes et de Bac Vidéo, un lexique du cinéma ainsi
qu'un glossaire culturel, des approches cinématographiques afin d'étudier la
dramaturgie et les dialogues du film, la revue de presse avec toutes les
critiques du film, un entretien vidéo (disponible également au format PDF) du
cinéaste Cristian Mungiu. On retrouve
également l'entretien de Bernadette Lafont disponible sur le premier DVD. Tous ces documents sont richement illustrés
(scènes du film, dossier à télécharger ou à imprimer) et la navigation simple
et limpide.
Comme le fait souvent l'éditeur, le livret « L'avant-scène cinéma » s'est glissé dans l'édition collector. Il
contient un témoignage de Ioana Ocneanu-Thierry sur ce qu'était la Roumanie de
Ceausescu, un entretien avec Cristian Mungiu réalisé lors de la sortie du film
à la fin du mois d'Août 2007, reprenant entre autre ce qu'on a déjà entendu
dans les entretiens, et enfin une sélection de douze films roumains les plus
marquants de ces quinze dernières années.