Après avoir rendu hommage à son défunt ami et peintre Jean-Michel Basquiat en 1996, Julian Schnabel repasse derrière la caméra quatre ans après en s'intéressant cette fois-ci à l'écrivain et poète cubain Reinaldo Arenas, poursuivi pour ses écrits virulents envers la dictature castriste et persécuté pour son homosexualité par le régime totalitariste de Fidel Castro jusqu'à son exil à New York en 1980.
Le film retrace plus de quarante années de la vie de Reinaldo Arenas, au destin une fois de plus tragique : atteint du sida il se suicidera en 1990 à New York. Sa vie entière a été consacrée à l'écriture de romans et de poèmes, prenant part vigoureusement à la dénonciation du pouvoir politique en marche sur l'île. Si le sujet d'Avant la nuit possède de nombreux points communs avec Basquiat (le portrait de deux artistes marginaux disparus très jeunes), le second long métrage de Julian Schnabel est une œuvre plus mature et profonde (à l'inverse de Basquiat qui était assez plat dans sa forme) et le réalisateur maîtrise bien mieux son sujet et sa mise en scène. L'histoire de cette destinée unique marquée par la tragédie nous happe littéralement et le personnage de Reinaldo, incarné avec beaucoup de fougue par l'acteur espagnol Javier Bardem qui montre ici toute l'étendue de son talent, nous touche au plus profond.
La mise en scène parvient à restituer avec lyrisme et émotion l'histoire de cet homme privé de liberté créatrice et sexuelle. Son hostilité envers les dirigeants castristes et son homosexualité lui vaudront d'être sévèrement réprimé et envoyé dans les prisons les plus sordides du pays. Marqué par la providence, Reinaldo Arenas parviendra toutefois à réchapper au pire. L'écrivain, qui envoyait ses manuscrits à l'étranger pour se faire publier, réussira à s'exiler aux Etats-Unis, où il mènera une vie tout aussi difficile, faite de solitude et de marginalité. Aidé par son unique ami Lazaro (campé par Olivier Martinez), il vivra dans la déchéance et l'oubli, ne parvenant plus à trouver l'inspiration artistique de ses débuts. Affaibli par le sida (il se découvre porteur de la maladie en 1987), il mettra fin à ses jours en 1990. Julian Schnabel réussit un portrait bouleversant et déchirant d'un homme hors du commun et extraordinaire. Malgré cette accumulation de drames qui ont secoué l'existence de Reinaldo Arenas, le film ne tombe jamais dans le pathos et la caméra de Julia Schnabel réussit à nous faire vivre un bouleversant voyage au cœur du Cuba des années 60. Avant la nuit est sans conteste à ce jour le meilleur film de son auteur.
Ce DVD est également disponible dans le coffret Julian Schnabel, regroupant Basquiat, Avant la Nuit et Le Scaphandre et le Papillon.
FilmsActu.com






















Créer une alerte
