DVD 1Chaque film propose un
commentaire écrit et dit soit par Madeleine Malthête-Méliès, petite fille de
Georges Méliès, ou par Marie-Hélène Lehérissey, arrière petite-fille du cinéaste. De plus, chaque film est accompagné d'une musique originale composée et interprétée par Lawrence
Lehérissey, arrière-arrière petit-fils de Méliès.
Enfin, en guise de supplément original,
les boniments d'après Georges Méliès dits par André
Dussollier :
Méliès écrivait lui-même, comme lors de ses
tours de prestidigitation, ce qu'on appelle le boniment, à savoir le discours qui
accompagnait habituellement l'exécution d'un tour ou ici d'un film. Ce discours
souligne l'action, donne quelques indications sur les personnages comme les
noms des protagonistes ou leur statut social. C'est l'acteur
André Dussollier qui se prête au jeu en jouant le
bonimenteur pour les films suivants : Les Incendiaires, Une chute de cinq
étages, Les Malheurs d'un photographe,
Cendrillon, Il y a un dieu pour les
ivrognes,
L'Ile de Calypso ou le géant Polyphême, Barbe-Bleue, Les 400 farces,
Le Sacre d'Edouard VII (ici, véritables commentaires de Dussollier, revenant sur
l'actualité politique de l'époque), Le Fakir de Singapour, Voyage dans la Lune,
Le Génie du Feu,
A la Conquête du Pôle.
Vous retrouverez ci-dessous la liste détaillée des
29 films (accompagnés d'un synopsis) présentés en exclusivité sur le premier disque agrémentés de propos tenus dans les commentaires :
1) Voyage dans la Lune - A trip to the Moon (1902, 12min19) :
Six savants, membres du club des
astronomes, entreprennent une expédition qui doit les conduire sur la lune. Ils
partent dans un obus tiré par un canon géant. Arrivés sains et saufs sur la
lune, ils y rencontrent ses habitants : les Sélénites échappent à leur Roi et
reviennent sur la terre grâce à leur obus qui, tombé dans la mer, est repêché
par un navire. Décorés, ils exposent un sélénite prisonnier, resté accroché à
l'obus lors du voyage de retour.Réalisé, écrit, photographié, produit et
interprété par
Georges Méliès, Voyage dans la Lune est le premier film dit de
science-fiction ainsi que le premier film nommé par l'UNESCO en 2002 sur la
liste représentative du cinéma mondial. 106 ans après sa conception, le film le plus féérique de
Georges Méliès demeure aussi son plus célèbre. Il s'agit probablement du premier film contant une histoire
originale. Devant nos yeux naissent les effets visuels et on se souvient tous
de l'alunissage avec l'obus éborgnant l'astre. La copie ici présentée est d'une
grande beauté et la bande-son est issue de la partition rajoutée en 1910
seulement. Chose rarissime, le film ne contient pas de cartons narratifs qui
ralentissaient souvent leur rythme.

Trois mois de tournage ont été nécessaires
dans les studios de Montreuil. La figuration y est importante et on peut
aisément parler de la première superproduction de l'histoire du cinéma avec son
budget de 10 000 francs or. La durée du film était alors inédite, 16 minutes d'émerveillement.
Drôle, fantaisiste, poétique, le Voyage de Méliès sera un succès mondiale et
sera immédiatement copié par d'autres cinéastes. Méliès s'inspire du roman de Jules Verne
De la Terre à la Lune et du roman
de H.G. Wells
Les Premiers hommes dans la
lune. Le film comprend 30 tableaux et exploite tout le savoir-faire de
Méliès avec des décors peints à la main, trompe-l'œil, carton-pâte,
projections, perspective... et la caméra ne bouge jamais ! La partie n'était
pourtant pas gagnée pour son auteur et les premières ventes s'étaient révélées
difficiles en raison de la durée du film. Méliès organisera une projection
gratuite à la Foire du Trône. Le bouche-à-oreille fera le reste.
Voyage dans la
Lune est sorti le 1er Septembre 1902 en France et le 4 octobre 1902
aux Etats-Unis.

2) Une partie de cartes - A game of cards (1896, 1min07) :
Trois amis sont réunis paisiblement autour
d'une table dans un jardin. Ils jouent aux cartes, trinquent et commentent
l'actualité.
On y retrouve Méliès lui-même, sa fille de
8 ans, un ami et un voisin. Ce film a été retrouvé en 1996 à Londres. Il s'agit
du premier court-métrage de Méliès tourné en juin 1896 dans son propre jardin de
Montreuil-sous-bois, 6 mois seulement après la projection du premier film des
frères Lumière. Méliès commençait à filmer des petits sujets du quotidien afin
de tester le matériel, en pastichant ouvertement les films des frères Lumière.
Il s'agit de la première curiosité de cette rétrospective.
3) Le Déshabillage impossible - Going to the under
difficulties (1900, 2min08) :
Dans une auberge, un voyageur tente
de retirer son chapeau et son pardessus. Mais à peine les a t-il accroché au
portemanteau que des nouveaux vêtements lui apparaissent sur le dos. Le
phénomène se reproduit indéfiniment jusqu'à ce que le voyageur devienne enragé. Il saute sur son lit... qui disparaît à son tour.
Il s'agit d'un des rares films de
Georges Méliès utilisant l'accéléré comme trucage. Il manque quelques images à la fin du film.
Cette perte est due notamment au fait que le film avait tendance à casser lors
du changement ou du chargement de la pellicule dans l'appareil de projection.
On appréciera la gestuelle inimitable du Méliès prestidigitateur. Une fois de
plus, le cinéaste utilise l'arrêt de la caméra comme trucage principal lors de la
disparition ou de l'apparition de vêtements entre autre. A noter que Méliès fit
cette découverte suite à un petit incident de tournage place de l'Opéra à
Paris. L'appareil s'étant malencontreusement arrêté en cours d'une prise,
Méliès reprit le tournage quelques minutes après. Lors d'une projection il se
rend compte qu'un bus disparaît pour laisser la place à un corbillard. Le
trucage par substitution est né.
4) Le Chevalier Mystère - The Mysterious Knight (1899, 1min32) :
Dans un château, un magicien dessine sur un
tableau noir une tête avec une craie. Il la détache, la pose sur une bouteille
puis sur la lame d'une épée.
De grandes imperfections subsistent malgré
la restauration. Le film a été retrouvé aux Etats-Unis en 1989 par un historien
grâce à des descriptions faites dans le livre
158 scénarios de films disparus de Georges Méliès publié en 1986.
5) Sorcellerie culinaire - The Cook in trouble (1904, 4min09) :
Pour avoir chassé un mendiant qui lui
faisait l'aumône, un cuisinier est puni. Des phénomènes paranormaux surviennent
dans sa cuisine avec notamment l'apparition de diablotins.
Ce film annonce le surréalisme. Ce genre de
film dit de « poursuite » sera repris dans le cinéma américain
particulièrement chez
Mack Sennett. On notera que le commentaire n'excède pas
une minute pour ce film, qui est un poil longuet...
6) Le Mélomane - The Melomaniac (1903, 2min40) :
Accompagné de ses élèves, un mélomane
multiplie sa propre tête qu'il accroche à une portée musicale géante, afin d'y
créer les notes correspondantes à l'hymne anglais.
Marie-Hélène Lehérissey nous lit un extrait d'entretien accordé par
Georges Méliès en 1925 sur la mise au point de ses trucages et ficelles. Méliès utilisait
principalement l'arrêt de la caméra, les fondus, les caches pour les
apparitions et les disparitions, etc... Pour ce film aux surimpressions
multiples, 7 expositions du film étaient nécessaires à Méliès afin d'y
apparaître 7 fois simultanément. La caméra, très lourde, devait pour les prises
de vue être d'une stabilité absolue. Le maximum de surimpressions est ici atteint
avec le matériel disponible à l'époque. Formidable.
7) La Sirène - The Mermaid (1904, 3min48) :
Un gentleman se métamorphose en pêcheur à la ligne
et met dans un aquarium des petits poissons qu'il pêche dans son chapeau. Se
retransformant en bourgeois, le décor change autour de lui et une sirène
apparaît dans l'aquarium. Elle se change également en charmante femme. Dans le
dernier tableau, l'homme se métamorphose en dieu Neptune entouré de ses
naïades.
En véritable magicien, Méliès joue avec la
complicité du public et avec la mythologie. Il utilise dans ce film un faux
travelling avant. C'est en effet le décor et le personnage qui se déplacent
vers la caméra qui reste fixe.
8) Les Incendiaires - A Desperate Crime (1906,
7min21) :
Des bandits ont mis le feu à une ferme.
Leur repaire est assiégé par les gendarmes. Ils s'enfuient, mais l'un d'eux est
arrêté et emprisonné. Dans sa cellule, il voit la guillotine dans un cauchemar.
On vient lui annoncer que son pourvoi en grâce est rejeté, on l'emmène et nous
assistons à l'exécution capitale : sa tête tombe dans le panier et son corps
est emporté dans une malle en osier.
Dans l'œuvre de
Georges Méliès, Les Incendiaires
fait office de film sérieux, un mélodrame. Il manque les six premiers tableaux
dont un triple meurtre. Pour le tournage de ses films, Méliès ne sortait
quasiment jamais de son studio de Montreuil. Il fait ici une exception en
tournant dans les anciennes carrières de gypse de Montreuil et Bagnolet. Madeleine
Malthête-Méliès lit une lettre écrite par son grand-père au maire de Montreuil
le 3 avril 1906, demandant l'autorisation de tourner dans les carrières. Il
était déconseillé aux forains de montrer la dernière scène, par ailleurs
ahurissante pour l'époque, celle de la décapitation. Une autorisation devait
être signée par le maire de la commune où était diffusé le film pour la montrer
au public.
9) Le Portrait mystérieux - A mysterious portrait (1901, 1min05) :
Un illusionniste fait apparaître son double
dans un cadre et dialogue avec lui avant de le faire disparaître.
Comme un peu plus tard chez
Buster Keaton avec Sherlock Jr. et
Woody Allen pour
La Rose pourpre du Caire, George
Méliès réalise un rêve matériellement impossible, parler avec lui-même. On
remarquera qu'il se moque de sa propre calvitie.
10) Une chute de cinq étages - A mix-up in the gallery (
1906, 2min55) :
Un couple de jeunes mariés vient chez un
photographe se faire tirer le portrait. Suite à un incident, l'appareil photo
tombe des cinq étages de l'immeuble et s'écrase sur un passant. S'ensuit une
véritable corrida où le passant est prit pour un taureau. Film burlesque, les américains appellent ce genre
le slapstick. Une fois de plus, Lehérissey nous lit un extrait d'entretiens
datant de 1895 où
Georges Méliès explique que lorsqu'il a assisté à la première
représentation du cinématographe des frères Lumières lors de la séance
inaugurale du Grand Café le 28 décembre 1895, il propose aux frères Lumière de
leur acheter leur appareil. Ces derniers refusent sous prétexte qu'il ne s'agit
uniquement que d'une expérience scientifique et que le Cinématographe n'aura
aucun avenir commercial. Il construit alors une caméra lui-même.
11) Les Malheurs d'un photographe - Mischances of a
photographer (1908, 3min13) :
Un auteur de pièces de théâtre convoque sa
troupe chez lui afin d'y faire quelques essais de costumes. Il leur demande
ensuite de venir poser devant l'objectif dans son studio annexe. Suite à une
farce, l'appareil est relié à un tuyau qui asperge d'eau toute la troupe.
Suite à un contrat passé avec les américains, Georges
Méliès doit tourner 15 à 20 minutes de films par semaine. Dans Les Malheurs
d'un photographe, on aperçoit les portes du studio B à Montreuil qui venait
tout juste d'être créé.
12) Cendrillon - Cinderella (1899, 5min42) :
Cendrillon est le souffre-douleur de sa marâtre et
de ses deux sœurs. Cependant, sa Fée-Marraine lui permet d'aller au bal à
condition qu'elle soit rentrée pour minuit ! En s'enfuyant du palais royal où
elle dansait avec le prince, Cendrillon a perdu sa pantoufle de vair. Le Prince
l'essaye à toutes les jeunes filles du royaume : seule Cendrillon peut la
mettre à son pied. Ils se marient au milieu de l'allégresse générale.
Georges Méliès adapte pour la première fois le
conte de Charles Perrault. Le film est un peu long mais le final est beau.
Dans sa carrière, Méliès signa deux
adaptations de
Cendrillon. C'est son premier film qui dépasse les 100 mètres de
pellicule. Les tableaux s'enchaînent sur un rythme soutenu, Méliès joue dans le film et interprète le gnome barbu dans la pendule.
13) Cendrillon ou la pantoufle merveilleuse -
Cinderella on the Marvelous slipper (1908, 27min46) :
Deuxième adaptation du conte de Charles Perrault.
Remake du
Cendrillon de 1899 (voir court-métrage précédent), le traitement est
ici différent notamment à cause de sa durée. A ce titre, l'œuvre de Charles
Perrault est fidèlement adaptée. A l'époque le film ne remporte aucun succès en
salle et le public boude Méliès. Les trucages sont toujours aussi
formidables, les décors ahurissants de beauté et on se souviendra longtemps des
multiples transformations, la plus belle restant celle de la citrouille en
carrosse.
14) Le Chaudron infernal - The Infernal Cauldron (1903, 1min44) :
Un démon fait brûler dans son chaudron
infernal trois malheureuses victimes dont les fantômes s'élèvent dans les airs,
puis disparaissent.
Dès 1897, Méliès souhaite proposer des films
coloriés au public. Il fait retravailler la pellicule et la fait peindre à la
main par des miniaturistes ou des retoucheuses de photos. La pellicule couleurs
n'existant pas, le film est tourné en noir et blanc puis colorié sur commande
des forains. Un film colorié coûte deux fois plus cher qu'un film normal. Afin
de lutter contre le piratage (déjà !), Méliès intègre un copyright dans
son décor. On y remarque le logo « Starfilm » (propriété de Méliès)
écrit sous le chaudron.
15) Une nuit terrible - A terrific night (1896,
1min07) :
Un jeune homme est attaqué par de gros insectes
alors qu'il s'apprête à dormir. Il se bat avec eux et en met plusieurs sur le
tapis.
Ce film a été tourné dans le jardin de Georges
Méliès, en plein air, avant la construction du studio A de Montreuil. Il s'agit
d'un de ses films les plus anciens. Deux versions du film existent, un montrant
le protagoniste avec un pot de chambre et l'autre sans pot. «
Déjà la censure ? »
comme le dit justement Marie-Hélène Lehérissey.
16) Dislocation mystérieuse - Dislocation Extraordinary (1901, 1min36) :
Au lieu de se déplacer, un Pierrot envoie
ses membres et sa tête chercher les objets dont il a besoin. Puis les bras, les
jambes, le tronc et la tête mènent chacun leur propre danse avant de se réunir
et reformer le corps entier de Pierrot, qui salue. Ce film demeure l'un des plus
surprenants de
Georges Méliès. Il démontre
tout l'éventail des "trucs" utilisés par
Méliès tout au long de sa carrière : substitution, caches, etc...
17) Les 400 farces du Diable - The Merry Frolics of
Satan (1906, 17min18) :
L'ingénieur
anglais William Crackford, amateur de records de vitesse, vend son âme à un alchimiste - qui n'est autre que Satan - en échange de pilules
magiques qui lui permettent de voyager selon ses désirs. Après une chevauchée
céleste en compagnie de son valet John, d'un cheval apocalyptique et d'une
voiture astrale, Crackford, entraîné aux enfers par Satan, finit sur le feu au
milieu de l'allégresse générale.
Le film présenté ici est un mélange des deux
versions existantes, celle en couleur et celle en N&B. La version coloriée
reste incomplète. Les 400 farces du Diable est un des films que Méliès ait
tourné comprenant le plus de figurants. Le voyage céleste est certainement le
plus magique jamais filmé par son auteur et les décors sont tous plus
ahurissants les uns que les autres. Le jeu des malles, véritable tour de
prestidigitation est admirable. L'élément le plus célèbre du film demeure sans
conteste le cheval apocalyptique traînant ses voyageurs attrapant au passage
des croissants de lune pour manger ou allumant leur pipe au moyen d'une étoile.
Magnifique.
18) Un homme de têtes - The Four troublesome heads (1898, 59 secondes) :
Un illusionniste joue avec sa tête : il
l'ôte de ses épaules et la pose sur la table. Il réussit ainsi à avoir trois
têtes vivantes qui chantent ensemble. Comme elles chantent faux, il les écrase
avec son banjo. Il en lance une en l'air, qui retombe sur ses épaules.
Exemple frappant du rythme cher à
Georges Méliès :
son don de mime. On y retrouve également le thème de la décapitation que Méliès
exploitait déjà sur la scène du théâtre Robert Houdin avec le tour du Décapité
récalcitrant.
19) Les Affiches en goguette - The hilarious Posters (1906, 3min14) :
Des affiches publicitaires s'animent, discutent
entre elles et bombardent des sergents de ville venus constater l'agitation
dans la rue. Les affiches tombent sur eux, puis ils se retrouvent accrochés à
une grille pendant que les personnages vivants des affiches défilent devant eux
en les moquant. Méliès se moque des affiches publicitaires
en les détournant, Tripaulin remplace par exemple Ripolin. Critiquant
l'autorité, le cinéaste signe « Mort aux flics » sur la devanture du
décor principal.

20) Il y a un dieu pour les ivrognes - The good luck of
a « souse » (1908, 3min54
) :
Dans une crise d'éthylisme, un ivrogne casse tout
chez lui et jette sa femme et sa fille par la fenêtre. Pris de remords, il veut
mettre fin à ses jours mais rate son suicide. Son pistolet s'enraye. Il tente
de se pendre mais sa famille arrive à temps. Il jure ensuite de ne plus jamais
boire...
Ce film a été tourné entre autre devant la
propriété des Méliès à Montreuil. La maison étant en rénovation, Méliès n'a pas
retiré les échafaudages. Il y a un dieu pour les ivrognes a été tourné durant
la construction du studio B.
21) Spiritisme abracadabrant - Amazing spiritism (1900, 1min08) :
Un homme rentre dans un château et tente de retirer
sa veste et ses gants, seulement à chaque fois, ceux-ci réapparaissent sur lui.
Retrouvé en Suisse en 1997 dans une boite à
chaussures, ce film a une fois de plus été identifié grâce au livre
158 scénarios de films disparus de Georges
Méliès publié en 1986. On retrouve le thème principal du film Le
Déshabillage impossible.
22) L'Ile de Calypso ou le Géant Polyphême - The
Mysterious Island (1905, 3min36) :
Le récit de deux épisodes de l'Odyssée : Ulysse
arrive dans l'île de la nymphe Calypso après avoir fait naufrage. La nymphe le
séduit. La légende dit qu'elle le retint sept années dans son île. Puis Ulysse
rencontre le cyclope Polyphème et lui crève l'œil unique avec une lance.
Méliès était bachelier latin-grec en 1880,
très rare pour l'époque. Il a toujours été fasciné par la mythologie grecque.
Il s'agit sans nul doute d'une des plus belles interactions entre un personnage
principal avec une incrustation. A noter la belle crème anglaise sortant de
l'œil crevé du cyclope.

23) Barbe Bleue - Blue Beard (1901, 10min20) :
Le seigneur Barbe-Bleue, déjà sept fois veuf,
convole en justes noces. Partant en voyage, il interdit à sa nouvelle femme
l'entrée d'une chambre du château. Mais, tentée par le diable, elle y entre
pour y découvrir les cadavres des sept épouses. Voyant qu'elle lui a désobéi,
Barbe-Bleue veut la tuer, mais les frères de la jeune femme arrivent à temps
pour la sauver. Le tyran sera abattu.
Première adaptation au cinéma de la légende de
Barbe-Bleue, le film s'impose comme un des meilleurs films de Méliès, tant au
niveau de la mise en images que de l'histoire, des costumes, des décors...
24) Le Cake-Walk infernal - The infernal Cake-Walk (1903, 4min54) :
Dans son royaume, aux Enfers, le Diable fait venir
un couple de danseurs professionnels qui font une démonstration d'une danse à
la mode en 1903 : le cake-walk. Ensuite, un diable grotesque sorti d'un grand
gâteau exécute une danse comico-acrobatique puis disparaît dans une explosion.
Tous les habitants des enfers dansent ensuite une folle sarabande.
Méliès use une fois de plus du démembrement. Claude
Debussy, grand compositeur, était très impressionné par la musique jazz et
avait écrit un Cake-Walk, danse syncopée à deux temps. Cette « danse du
gâteau » était très à la mode au début du vingtième siècle.
Georges Méliès y joue deux rôles de diable. Un piano jouait durant le tournage afin de donner
le rythme aux acteurs. Quand il n'est pas à l'écran, Méliès joue lui-même alors
qu'il ne sait pas lire la musique.
25) Le Sacre d'Edouard VII - Special Coronation film (1902, 5min20) :
Ce film est une anticipation. C'est la
répétition de diverses phases du couronnement du Roi d'Angleterre Edouard VII
qui succédait à sa mère, la reine Victoria. Il s'agit d'une actualité reconstituée
comme pour L'Affaire Dreyfuss.
Film de reconstitution d'actualité par
anticipation. Le film débute par 3 photos issues du véritable cortège royal.
Méliès n'avait pas reçu l'autorisation de filmer le véritable sacrement, de
plus la caméra était trop lourde et la pellicule trop faible pour filmer
véritablement sur place à Westminster. Qu'importe, Méliès reconstitue l'abbaye
dans ses studios de Montreuil et sélectionne les moments caractéristiques du
Sacre. A savoir que les journalistes hurlèrent au scandale et à l'escroquerie.
26) Le Fakir de Singapour - The Indian Sorcerer (1908, 5min05) :
Un fakir fait grandir un œuf de façon
démesurée, puis le coupe en deux, en met chaque moitié dans les plateaux d'une
balance qu'il a fabriqué magiquement avec un lorgnon, et en fait sortir des
poules, puis deux enfants.
Un des films que
Georges Méliès a eu le plus
de plaisir à tourner. Il a particulièrement soigné les décors luxuriants et les
trucages vidéo. On passe un excellent moment.
27) La Cardeuse de Matelas - The Tramp and the
Mattress maker (1906, 4min05) :
Un vagabond trouve refuge à l'intérieur
d'un matelas destiné à être rembourré. Il se réveille et effraie les habitués
d'un bar.
Ce film fait partie des oeuvres les plus burlesques de
Méliès, ou slapstick pour les américains.
28) Le Génie du Feu - The Genii of fire - 1908 -
4min53 :
Une jeune fille trop curieuse entraîne son
fiancé dans une grotte mystérieuse malgré les mises en garde d'un prêtre. Pour
avoir violé l'entrée du palais du Génie du Feu, les fiancés sont aveuglés. A la
sortie de la grotte, le prêtre parvient à leur faire retrouver la vue.
Passionné de cultures orientales, Méliès y
a souvent planté ses histoires. Il y crée de magnifiques décors et use des
effets pyrotechniques qu'il manie en expert.
29) A la Conquête du Pôle - The Conquest of the North
Pole (1912, 30min56) :
La multiplication des expéditions polaires provoque
une réunion des savants. On doit choisir le meilleur moyen pour parvenir au
pôle. C'est l'aérobus de l'ingénieur professeur Maboul qui est désigné. Six
savants de différentes nations l'accompagnent dans la périlleuse mission. D'autres
voyageurs employant différents moyens de locomotion échouent lamentablement.
L'aérobus atteint le pôle mais s'écrase à l'atterrissage. Le Géant des Neiges
effraie les explorateurs puis l'aiguille magnétique, axe du pôle, les retient
collés à elle. Enfin, ils sont sauvés par un ballon dirigeable et regagnent
triomphalement l'institut.
A la Conquête du Pôle est le plus long film de
Georges Méliès. Il a été retrouvé en Autriche d'où des intertitres en allemand, non sous-titrés
datant de l'après seconde guerre mondiale. A
la Conquête du Pôle est l'un des
trois derniers films de Méliès.
On y retrouve le thème de l'exploration, du
voyage. Méliès voyage très peu mais demeure fasciné par les scientifiques et
les explorateurs. Le film est boudé par le public, lassé de ce genre de féérie
et à cause de la concurrence sévère. Le public est plus accoutumé à aller au
cinéma et le cinéma évolue rapidement. A
la Conquête du Pôle se solde par un
grave échec commercial.
A la Conquête du Pôle se place parmi les
trois plus beaux films de cette rétrospective avec mention spéciale pour les
véhicules divers et variés.


DVD 2
Interviews et documents
Les 90 ans de Mme Méliès (37 secondes) Sont présentées ici des images d'archives de la dernière épouse de
Georges Méliès fêtant ses 90 ans et les 60 ans de l'invention du cinéma. Jeanne D'Alcy, étant elle-même actrice, fut aussi considérée comme la première star du cinéma.
Méliès, père et fils de Georges Franju (5min51)Tourné au chateau d'Orly où Méliès a passé sa retraite, ce segment permet de voir des images d'époque du fils du cinéaste, André Méliès, racontant brièvement la carrière de son père. On ne connait malheureusement pas l'année du documentaire.
Interview de Madeleine Malthête-Méliès (16min07)
La petite-fille de
Georges Méliès poursuit le récit de la carrière de son grand-père. On y apprend qu'à la fin de sa vie, le grand magicien du cinéma s'était reconverti dans la vente de jouets en gare Montparnasse. Ruiné après la première guerre, ses talents de prestidigitateur étaient toujours appréciés des passants. Grâce aux films retrouvés à droite et à gauche (qui avaient été perdus), il retrouvera un regain de popularité. L'intervenante raconte ensuite que son grand-père est devenu président du Cercle du cinéma qui deviendra la Cinémathèque française. Madeleine-Malthête Méliès sera quant à elle désignée à l'âge de 20 ans secrétaire de la Cinémathèque d'Henri Langlois. Elle s'occupera toute sa vie durant d'animer des conférences autour des films de son grand-père, de retrouver des films de Méliès complètement disparus. Certains d'entre eux ont été repêchés chez des forains. Ainsi, 200 films sur les 520 réalisés par Méliès entre 1896 et 1912 ont été retrouvés. Elle ne compte pas s'arrêter là...
Interview de Marie-Hélène Lehérissey (6min32)
L'arrière petite-fille de
Georges Méliès a créé l'association Les amis de
Georges Méliès dans le but de retrouver d'autres films disparus. Ses autres missions sont de les restaurer, les conserver et les montrer au public. Outre les films, l'association a retrouvé des photographies, dessins et affiches qui ont servi à des publications et des expositions au fil du temps.
Interview de Lawrence Lehérissey (3min02)Déjà évoqué un peu plus haut dans la partie "critique son" de notre test, Lawrence Lehérissey (fils de Marie-Hélène Lehérissey, photo ci-dessus) accompagne au piano les films de son arrière arrière grand-père dans le monde entier. Pour la création de ce coffret dvd, le musicien a créé des musiques différentes de celles qu'il compose en salle lors des projections, aux sonorités modernes. Il rappelle que des pianistes accompagnaient déjà les films des frères Lumière en 1895.
Interview de Christian Fechner (12min01)
Le célèbre producteur français (les Charlots, les films de
Patrice Leconte,
Claude Zidi, etc...) est aussi un prestidigitateur qui connait sur le bout des doigts la vie de
Georges Méliès. Il retrace sa carrière avant (propriétaire du théâtre Robert Houdin à l'âge de 26 ans) et après l'invention du Cinématographe. Méliès n'a pour ainsi dire jamais quitté le monde de la magie qui était selon lui indissociable du cinéma.

Présentation du film « L'Affaire
Dreyfus » par Madeleine Malthête-Méliès (6min12) Introduction rapide et rappel de la
véritable affaire Dreyfus. Tourné en 1899, L'Affaire Dreyfus est un film rare
qui touche à la fois l'histoire du cinéma mais également l'Histoire en général.
Ce film a divisé la France en deux par son engagement et devient le premier
film politique de l'histoire du cinéma.
L'Affaire Dreyfus (9min37, 1899) :
Le commandant Du Paty de Clam dicte un texte au
capitaine Dreyfus et compare son écriture avec celle du bordereau qu'il a en
main. Il lui tend un pistolet pour qu'il se donne une mort honorable, mais
Dreyfus refuse de se suicider.
Ce film est divisé (et chapitré) en
plusieurs tableaux : La Dictée du bordereau, L'Emprisonnement à L'Ile du
Diable, La Mise aux fers, Le Suicide du Colonel Henry, Le Débarquement à
Quiberon, L'Entretien de Dreyfus avec sa femme à Rennes, L'Attentat contre
Maître Labori, Bagarre entre journalistes, Le Conseil de guerre en séance à
Rennes. L'équipe de restauration a pu retrouver 9 tableaux sur 11, il manque la
dégradation ainsi que l'épisode de la venue du Capitaine au tribunal. Tout le
film est accompagné des commentaires de Madeleine Malthête-Méliès qui
approfondit son introduction précédente. L'image n'est certes pas au top mais pouvoir
découvrir cette oeuvre est un évènement. L'Affaire Dreyfus est un film
extraordinaire montrant un suicide de manière très crue et réaliste. De
plus, Méliès en véritable orfèvre et soucieux du détail, reconstitue avec
minutie des épisodes successifs de l'affaire de la même façon qu'il
reconstituait le sacre d'Edouard VII. Il reconstitue les décors, les costumes
et les situations à partir d'illustrations publiées dans la presse.
D'un grand retentissement, la préfecture de
Police interdit la diffusion du film suite aux bagarres entre le public à
chaque projection en salle.
Méliès, esprit libre et radical, incarne
l'avocat de Dreyfus, Maître Labori, choix qui le fait se brouiller avec sa
famille.


Restauration d'images (3min05)
Voici des exemples de restauration d'images
avec un avant et un après, commentés par Ronald Boullet, directeur des
restaurations numériques Eclair Laboratoires. Tous les films présentés dans
cette rétrospective ont été restaurés à partir d'éléments de pellicule
divers dont des négatifs au nitrate très endommagé. Les principaux
problèmes à régler ont été les instabilités, les poussières, les moisissures.
Le but n'était pas d'atteindre la perfection mais rendre les films plus
agréables à regarder tout en conservant leur patine originale.
En ce qui concerne l'instabilité, la cause
est due aux caméras à manivelles utilisées à l'époque. Le fait de tourner la
manivelle entraînait des sautes d'images inévitables. Le choix a été d'atténuer
les instabilités sans les enlever complètement afin de respecter le côté vivant
si particulier aux films du début du vingtième siècle. L'élément le plus
impressionnant de ce travail de titan demeure la suppression des moisissures et
autres champignons.


Cette très belle intéractivité se clôt sur une petite
galerie
de trois affiches seulement issues du
Théâtre Robert Houdin, des films A
la Conquête du Pôle et
Cendrillon.
