Si vous possédez la première édition dvd de Dracula ou l'édition Superbit, dépourvue du moindre bonus et sortie dans le commerce en 2002, procurez-vous désormais l'édition Deluxe, dans les bacs depuis le 3 octobre, qui rien qu'en terme de rendu sonore et visuel, vaut plus qu'un simple détour. Au niveau des bonus, le second dvd propose des suppléments inédits et un commentaire récent et passionnant d'un Francis Ford Coppola très à l'aise dans l'exercice mais qui avoue avoir été peu emballé par l'expérience Dracula.
Force est d'admettre que nous avons à faire ici à l'une des plus belles éditions de Dracula qui existe en zone 2. L'édition Deluxe profitant du 15ème anniversaire du film dépasse désormais en tous points la précédente édition sortie sur un seul disque y compris l'édition Superbit. Proposé dans un tout nouveau transfert haute définition s'il vous plait, le master retrouve tout son éclat et les couleurs leur naturel d'origine, ce qui n'était pas vraiment le cas de l'ancienne édition dont les visages des personnages avaient tendance à rosir. La tâche était pourtant ardue pour offrir un résultat des plus probant, les rouges vifs des costumes de Dracula entre autre étant difficiles à encoder. Et pourtant le master est bluffant. Les couleurs ne bavent pas, la pellicule est dépourvue du moindre défaut et la compression pas toujours idéale de la précédente édition se fait ici totalement oublier. Les visages sont beaucoup plus nets, les palettes de couleur larges retrouvant leurs contrastes originels. Certains plans font même penser à un tableau de Botticelli, comme le manoir de Mina. L'image, qui était déjà appréciable dans la précédente édition, fait littéralement peau neuve. A titre d'exemple, la scène de rencontre entre Mina et Dracula jeune se distingue par la splendeur de son rendu : les costumes, la profondeur de champ (la séquence est une scène de rue) et la précision des visages sont au service d'une resplendissante photographie signée Michael Ballhaus (chef op' de Scorsese et anciennement de Fassbinder). Dirigez-vous sans tarder vers l'édition Deluxe qui permet aisément aujourd'hui de revoir ce prodigieux film dans les conditions qu'on rêvait, à savoir les meilleures possible.
Edition Deluxe remastérisée
Précédente édition (1 DVD) comportant un voile rose évident
Edition Deluxe remastérisée aux couleurs plus naturelles
Précédente édition (1 DVD) comportant un voile rose évident
L'édition Deluxe troque les six pistes audio présentes dans l'édition précédente pour trois pistes sonores remarquables et parfaitement remuantes. Il va sans dire qu'il faudra vous tourner vers le mixage original ne serait-ce que pour apprécier le jeu et la voix ténébreuse de Gary Oldman. Certes pour parfaire cette édition il aurait été appréciable de voir figurer une piste DTS mais ne faisons pas la fine bouche car la qualité des pistes sonores est ici très estimable. Si les dialogues et les effets en tout genre sont beaucoup plus élevés sur les pistes française et espagnole, le 5.1 anglais est plus tempéré mais aussi plus juste et harmonieux. La plupart des grosses scènes du film (la bataille du début et la scène qui suit lorsque Dracula promet de venger sa fiancée, l'orgie dans laquelle est plongé Harker-Keanu Reeves, la scène d'amour entre Mina et Dracula et toutes les scènes finales...) réservent une puissance inégalable où toutes les enceintes (poussées à leur maximum !) sont mises à contribution et ce quasiment durant tout le métrage. La piste est claire et dotée d'un beau relief sonore où les basses s'expriment considérablement jusqu'à faire vibrer votre plancher. L'édition Deluxe par conséquent y gagne par rapport à l'édition 1 DVD qui ne proposait que la piste anglaise en 5.1 (et aussi en Dolby Surround), le reste étant en Dolby Surround trois canaux. La piste originale est notablement supérieure, les scènes de bataille, d'exorcisme et la course contre la montre finale en témoignent admirablement.
DVD 1
Le premier disque s'ouvre sur un menu peu élégant basé sur les transformations du Comte Dracula...
Regardez Dracula en compagnie de Francis Coppola (vost)
Introduction de Francis Ford Coppola : le cinéaste introduit son commentaire en replaçant brièvement le film dans son contexte et dans sa carrière (3'45).
Commentaire audio du réalisateur
On l'avait remarqué avec les commentaires audio de la trilogie du Parrain, Coppola ne fait pas dans la langue de bois. Ce commentaire dense ne fait pas exception à la règle et le cinéaste règle encore une fois ses comptes avec l'industrie du cinéma. Du point de vue technique, il parvient à ne pas faire redondance avec tout ce qui est expliqué dans les documentaires du deuxième dvd et approfondit certains points. Même si le film a été préparé de longs mois à l'avance, Coppola s'en détache en expliquant que c'est Winona Ryder qui lui a apporté le script. L'actrice avait débuté le tournage du Parrain III et était partie des plateaux en prétextant qu'elle ne pourrait pas arriver à jouer la fille de Michael Corleone (remplacée ensuite par Sofia Coppola). Ne voulant pas avoir de rancune envers elle, Coppola accepte de lire le script qu'elle avait reçu. Mais ce qui a vraiment incité Coppola à faire ce film ce sont ses déboires financiers. Obligé à se refaire financièrement, le réalisateur avait réussi à faire le film qu'il espérait, à savoir Le Parrain III. Criblé de dettes suite à l'échec commercial cinglant de Coup de cœur (One from the heart, 1982), Coppola avait du mal à se remettre à flot. Il accepte de réaliser ce film pour sortir de ses déboires financiers et ne cache pas dans le commentaire qu'il avait souvent le cafard sur le tournage et qu'il n'a pas aimé le faire. Pas une grande et heureuse expérience, juste la joie de travailler avec son fils Roman. Les prises de vue devaient s'enchaîner très vite (contraintes des studios encore une fois) et le budget était modeste pour certaines de ses ambitions. On voit que le cinéaste était heureux de pouvoir exprimer toutes ses idées loufoques mais aussi fort mécontent de devoir s'efforcer d'aller vite. Les conflits avec les studios n'ont fait que s'amplifier, ce qui a poussé Coppola à investir sagement dans le domaine alimentaire, viticole et hôtelier : « J'ai pu me libérer ainsi des studios, de l'industrie du cinéma. A 67 ans (le commentaire a été enregistré en 2006), je peux enfin faire ce que j'ai envie de faire. J'aimerai continuer à faire des films mais juste comme un hobby, en amateur. Je suis aujourd'hui un homme d'affaire avant toute chose. » Même si Coppola paraphrase quelque peu ce qui se déroule à l'écran on apprend qu'il connaît le livre de Bram Stoker par cœur depuis ses jeunes années, passe en revue la base historique du roman, le travail avec son fils Roman (réalisateur de la seconde équipe et responsable des effets spéciaux), le choix des effets spéciaux d'antan, les costumes créés par Eiko Ishioka, le choix du casting (Winona Ryder avait son droit de regard), le tournage en studio, le style du film, les différentes adaptations du mythe et ses références (Nosferatu de Murnau mais aussi Dreyer, Cocteau), la préparation des acteurs (dont vous aurez un bel aperçu dans les documentaires), la photo de Michael Ballhaus, le tournant dans le mythe en privilégiant l'histoire d'amour et l'érotisme etc...
Coppola fait le point sur sa condition d'artiste. Même durant le tournage, ses collaborateurs artistiques étaient parfois décontenancés par ses choix visuels et techniques et le cinéaste déplore le manque d'engagement et de créativité dans le monde contemporain du cinéma et que l'argent soit devenu maître à Hollywood. Pour la dernière anecdote, c'est George Lucas qui a eu l'idée de faire couper la tête de Dracula par Mina à la fin du film, Coppola alors peu emballé par cette idée.
DVD 2
Interactivité entièrement en vost
Cette édition Deluxe n'est peut-être pas le dvd ultime attendu car par exemple il n'y a pas de module sur la sublime musique de Wojciech Kilar mais la qualité est là.
Menu sobre, légèrement animé et bruité...
Documentaires (Intégralité 1h09)
Le Sang c'est la vie - Making-of (26'40)
On retrouve dans ce documentaire d'époque de nombreuses images issues du documentaire « Dracula L'Homme, Le Mythe, La Légende » disponible sur l'ancienne édition zone 2. On y retrouve les mêmes images des précédents films notamment ceux mettant en scène Christopher Lee, le tout entrecoupé d'extraits d'entretiens avec les acteurs (Keanu Reeves, Anthony Hopkins, Gary Oldman, Winona Ryder, Richard E.Grant, Sadie Frost, Bill Campbell), du réalisateur Francis Ford Coppola et du scénariste James V. Hart. Evidemment chacun y va sur son expérience personnelle, sur sa vision du mythe, les conditions de tournage, le travail sur leur personnage, leurs partenaires. Gros plan sur la préparation des acteurs (longues répétitions quelques semaines avant les premières prises de vues où Dracula aborde un magnifique tee-shirt et un jean déchiré) mais également sur les réunions de pré-production où le Grand Manitou Coppola raconte sa vision du film à ses collaborateurs en long en large et en travers. En véritable chef des troupes, le cinéaste réunit tous les acteurs du film afin de leur faire lire le roman dans son intégralité et de les familiariser avec l'univers de Bram Stoker. Les images de tournage (Coppola dégage une folle énergie avec ses acteurs) et des coulisses sont nombreuses, pas vraiment inédites comme celle montrant les phases de maquillage de Gary Oldman ou lorsqu'il se débat dans son armure. Complet et moins promotionnel que prévu.
Les Costumes, éléments de décor - Le Style de Eiko Ishioka (13'28)
Ce segment se penche sur la création des costumes avec la responsable Eiko Ishioka (à la base artiste graphique au Japon), présente grâce à un entretien datant de 1992. Durant les réunions de production avec l'équipe technique, Coppola demande à Ishioka d'exposer toutes ses idées afin d'intégrer littéralement les costumes aux décors du film. Le cinéaste (dans une interview récente), explique que les costumes sont pour lui plus importants que les décors. Le fond derrière les comédiens peut être vide mais les costumes parviennent à plonger instantanément les spectateurs dans une époque ou un univers voulu. Quelques dessins conceptuels ainsi que des images des comédiens durant leurs essais costumes viennent légender les propos de la costumière et du réalisateur. La plupart du temps, Eiko Ishioka s'est inspirée d'un insecte pour la garde-robe d'un personnage ainsi que de peintres célèbres (surtout Klimt) pour la couleur des costumes du Comte Dracula. Instructif et bien documenté.
In-Caméra - Les Effets visuels de Dracula (18')
Génial documentaire disséquant toutes les techniques d'effets spéciaux utilisées, en compagnie de Roman Coppola, fils de Francis Ford, qui officiait sur le tournage en tant que réalisateur de seconde équipe et responsable des effets spéciaux. Le but était d'avoir recours aux effets remontant aux débuts du cinéma comme la perspective forcée, les miniatures... Comme l'explique judicieusement Coppola père (interview donnée pour les 15 ans du film), Dracula de Stoker est un roman datant de 1900. Le cinéma remontant quasiment à la même époque et s'inspirant d'illusions créées par les magiciens, le cinéaste décide de favoriser les vieilles astuces qui auraient été utilisées au cinéma en 1900 comme les vieilles illusions d'optique, sans jamais avoir recours à l'incontournable fond vert et autres effets numériques fleurissants depuis Terminator II. Un rare défi afin de retrouver l'esprit traditionnel des premiers films : illusions réalisées en direct, pellicule rembobinée, recours aux faux reflets, la double exposition (comment faire courir les rats au plafond ?), les caches, les ombres chinoises, les perspectives forcées (un livre de 6 mètres de long a été créé pour un gros plan), les miniatures et même la vieille caméra Pathé à manivelle pour avoir un aspect film du début du siècle et donner ainsi une âme propre au film. Le spectateur est convié à une petite visite dans les studios où sont créés les décors, les storyboards, les essais caméras... un véritable plaisir où le système D est roi !
Rigueur et folie - Visualisation de Dracula (11'36)
Vous aurez droit encore une fois aux fameuses réunions instaurées par Coppola avant le tournage afin de prévisualiser le film à l'aide de storyboards et de dessins de production. 6 versions du film se sont succédées dont une entièrement composée à l'aide de tableaux célèbres, pour donner le ton voulu par le cinéaste. Roman Coppola (dans un entretien récent) révèle les petites astuces utilisées des dessinateurs afin de donner vie à leurs créations. La plupart du temps, un des créateurs enregistre et « joue » les dialogues mis en parallèle avec les dessins, permettant ainsi de donner le rythme à la scène qui sera jouée par les comédiens. On a pu voir le même genre de procédé dans l'élaboration des films d'animation.
Scènes supplémentaires (Intégralité 27'52)
La déception est grande... une fois asséchées, les scènes « supplémentaires » ne présentent qu'un faible intérêt sinon celui de la curiosité. On est même rassuré que ces scènes n'aient pas été intégrées dans le montage cinéma tant celles-ci auraient ralenti le rythme du film. Présentées en son brut la plupart du temps, on remarquera le mixage temporaire de certaines scènes ainsi que des angles de caméra différents par rapport au résultat final. « Dix minutes de chutes inédites » aurait été le titre adéquat... Les scènes présentées sont pour la plupart étendues et de médiocre qualité technique.
1) Prologue (6'21)
Sensiblement différents, les bouts de scènes en plus s'attardent sur Vlad Dracul découvrant le corps sans vie de sa bien aimée. Le personnage est littéralement aspergé de sang et Elisabeta est noyée sous un déluge d'hémoglobine. La scène propose des angles inédits du lieu sacré où toutes les statues pleurent des larmes de sang ainsi que des dialogues supplémentaires au moment où Dracul défie Dieu. En dehors de cela, la présentation de Jonathan Harker est faite par Mina alors en train de rédiger son journal. Le début en Angleterre est expédié et on revient à la scène du tunnel en Transylvanie.
2) Bohémiens dans la diligence (1')
Jonathan voyage de nuit en compagnie de deux bohémiennes qui lui donnent une croix pour le protéger d'une malédiction qui pèse sur lui.
3) Soirée de Lucy (3'37)
Scène alternative où Lucy rencontre ses trois prétendants sous les yeux de Mina qui les décrit en voix-off par l'intermédiaire de son journal intime. Scène longue et ennuyeuse...
4) Harker rencontre Dracula (1'57)
Petit tour de passe-passe supplémentaire où Dracula (Gary Oldman marchant visiblement devant une projection), disparaît à gauche de l'écran pour réapparaître derrière Jonathan Harker lors de son arrivée au château.
5) Dîner Harker-Dracula (58'')
Dracula se confie à Jonathan : il est le dernier de son espèce et ne reçoit que rarement des invités sous son toît. Son cœur est fatigué à pleurer les morts. Jonathan essaye de comprendre son hôte.
6) Harker explore le château (1'37)
Scène inutile suivant Jonathan visitant le château à la lueur de sa bougie. L'ombre de Nosferatu plane sur certains murs de la demeure.
7) Harker tente de s'échapper (4'08)
Pendant que Jonathan tente de se libérer de l'emprise des trois femmes vampires, Mina écrit son journal. En glissant sur la paroi du château, Jonathan se retrouve derrière une fenêtre où il aperçoit les préparatifs du voyage en Angleterre du Comte. Ses hommes s'affairent et Jonathan profitant de leur absence ouvre le cercueil dans lequel le Comte est enfermé. Il ramasse au passage des pièces de monnaie sur lesquelles figurent le visage de Vlad Dracul. Dracula se réveille et expulse Jonathan qui se voit à nouveau emprisonné par les trois femmes démoniaques.
8) Dracula et le Demeter (34'')
Tour de magie se déroulant dans le Demeter où Dracula passe du Comte au loup-garou en passant derrière un panneau de bois. Il saute ensuite à la gorge d'un marin qui passait par là et le sang gicle de partout !
9) Le Demeter, la Terre-mère (51'')
Même genre de scène où le loup-garou se jette sur un marin sur le pont du bateau... le sang gicle de la même façon.
10) Au café / Le Couvent (2'35)
Après s'être évadé du château, Jonathan trouve refuge dans un couvent, les pièces ramassées dans la scène 7 lui glissent des mains.
11) Mort de Renfield (1'34)
Renfield ne meurt pas instantanément après s'être fait projeter contre la grille de sa prison. Van Helsing parvient à lui parler en lui débloquant la tête coincée entre deux barreaux. Renfield lui dit de sauver Mina en détruisant Dracula.
12) Epilogue (version antérieure - 2'45)
Scène sans effets spéciaux et nettement inférieure à celle finalement gardée. La tête de Dracula n'est pas coupée, Mina retrouve Jonathan et lui saute dans les bras. La porte se referme, les fidèles du Comte arrivent et emportent le corps.
Films-annonces : Bram Stoker's Dracula, film-annonce (2'31), Bram Stoker's Dracula, teaser (1'23) (superbe teaser, connu pour les gouttes de sang qui s'aimantent afin d'écrire le titre du film), Hostel (1'09) et Hollow Man - L'Homme sans ombre (1'57).
BONUS CACHE : Dans la section Documentaires, placez le curseur sur « Les Costumes, éléments de décors » puis faites flèche de droite. Un casque apparaît, validez. Vous verrez une petite blague de Gary Oldman arborant le petit chapeau de Mina (15 secondes). A la fin de ce petit gag, refaites la même manipulation et validez à nouveau. Vous aurez le droit cette fois-ci à Gary Oldman en prise avec le bébé que Dracula donne à ses femmes... (44 secondes).
DVD / HD-DVD / Blu-Ray
DVD / Dracula - Edition DeluxeSortie : 3 Octobre 2007 Zone : 2 durée : 2h08
éditeur : Columbia
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