Kenji Mizoguchi : Les Années 30
DVD / Test Zone 2 / le 19/05/2008, 15h51
Par Yann Rutledge
Au côté du DVD des
Soeurs de Gion,
Carlotta édite un coffret 2DVD comprenant trois films réalisés en 1935-36 par
Kenji Mizoguchi, trois films marquant le passage du cinéma muet au cinéma parlant, trois films confirmant la maturation d'un auteur. Retrouvez le test complet du coffret ci-dessous.
14/20 Image
Des trois films que nous propose Carlotta, deux sont dans un état déplorable. L'éditeur n'est absolument pas fautif, l'industrie cinématographique japonaise ayant mis du temps à engager une politique d'archivage et de sauvetage de son patrimoine. Nombreux sont les films datant d'avant 1945 dans un piètre état, ou même pire, perdus. Réjouissons-nous donc avant tout que Carlotta puisse nous les présenter. L'éditeur prévient d'entrée de jeu par un carton : "le master [des films] a été effectué à partir d'un nouveau télécinéma haute définition issu des seuls éléments 16mm encore existant au Japon. Malgré nos efforts et une restauration poussée, de nombreuses tâches et griffures subsistent."
Ainsi au côté de
La Cigogne en papier plutôt d'honnête facture,
Oyuki la vierge et surtout
Les Coquelicots font pâle figure. Il y a même peu de chance que ce dernier puisse retrouver un jour sa jeunesse d'antan. Là où le transfert (contraste et compression) est sans défaut apparent pour
La Cigogne en papier, ceux de
Oyuki et des
Coquelicots sont plutôt laborieux, la compression se faisant souvent remarquer dans les noirs. Mais il serait sincèrement stupide d'en tenir rigeur à l'éditeur qui a fait ce qu'il pouvait avec le matériel à disposition.
13/20 Son
En ouverture des chacun des trois films, Carlotta nous prévient : "[le son] présente de nombreux défauts dus à une mauvais conservation des éléments d'origine." Quelques sautes de son, un souffle constant, voilà ce à quoi nous avons droit. Des trois, c'est étonnamment le plus vieux des films, La Cigogne en papier, qui s'en sort le mieux (le fait qu'un benshi accompagne le film, nous fait nous interroger sur la nature de la piste sonore : serait-elle vraiment d'époque ?), la piste sonore dans l'état le plus déplorable étant celle des Coquelicots.

13/20 Bonus
Pour chacun des trois films, une petite introduction nous est offerte. On n'apprend malheureusement pas grand-chose. Une analyse des œuvres de la part de Pascal Vincent aurait été bienvenue.
Isuzu Yamada, une vie d'actrice revient en une vingtaine de minutes sur la vie et la carrière de l'une des muses de Kenji Mizoguchi (mais aussi de Mikio Naruse), avec lequel elle tournera six films. De tous ses rôles populaires, on retiendra surtout ceux issus des "films de gauche", ceux de Fumio Kamei en particulier, Ciel et mère, ciel et femme (1951) et Seule sur Terre (1952). C'est aux côtés du cinéaste Keikuse Kinoshida, avec lequel elle entretiendra une relation illégitime, que la jeune actrice sera initiée au communisme et qu'elle rentrera au studio pro-communiste Shinsei Eiga. L'actrice collaborera plus tard avec le grand Akira Kurosawa pour Le Château de l'Araignée, Les Bas Fonds et Yojimbo.
Un joli portrait qui permet de découvrir une actrice aussi importante dans son pays que Setsuko Hara, mais qui étrangement n'est pas aussi connue ici.

En complément,
Carlotta a adjoint deux modules pour aider à comprendre le rôle et l'importance des benshis (les bonimenteurs japonais) à l'époque du cinéma muet. Dans
L'art du benshi, le comédien Osamu Kuroi revient en une dizaine de minutes sur les origines du métier de benshis, ceux-ci ayant été créés dès l'apparition du cinéma dans l'archipel nippon, le rôle étant dans un premier temps d'expliquer aux foules le mécanisme du projecteur. Les spectateurs d'alors étant pour la plupart illettrés, chaque salle se devait d'avoir un benshi dont le rôle était dans un second temps de lire à haute voix les intertitres aux spectateurs. Petit à petit les benshis ont commencé à prendre de l'importance, une grande partie du public se déplaçant plus volontiers pour assister à l'interprétation des benshis que pour le film même. En 1930, on comptait autour de 8000 benshis dans tout le Japon, ce qui explique ainsi l'arrivée tardive du parlant dans l'archipel.

Dans le second module, intitulé
La Cigogne en papier : en direct avec un benshi, nous retrouvons une nouvelle fois Osamu Kuroi, cette fois-ci pour une démonstration de l'art benshi. Devant un extrait de
La Cigogne en papier, le comédien interprète à sa façon les intertitres du film dans un premier temps en japonais, puis en français. Une très bonne initiative de la part de
Carlotta permettant aux cinéphiles occidentaux de se faire une petite idée de cet art perdu.

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