La production cinématographique italienne est pour ainsi dire actuellement insipide (la preuve en est, hormis quelques rares exceptions, les films transalpins ont du mal à bénéficier d'une exploitation à l'étranger) et peine à se remettre de ses longues années de gloire et de sa production riche en films prodigieux et loufoques. Cet ovni filmique qu'est L'Ami de la famille réalisé par le talentueux et définitivement à part Paolo Sorrentino renvoie à plus d'un titre à cet âge d'or du cinéma italien qui savait conjuguer humour sarcastique, personnages extravagants et barrés au service d'histoires diablement inventives. Une autre chose est sûre, le film de Sorrentino est tout sauf insipide et banal, bien au contraire l'œil sagace du cinéaste est certainement l'un des plus personnels du cinéma italien actuel.
Le film, par son excentricité assumée, son humour noir et ses personnages singuliers, nous prend littéralement aux tripes. Car là où il fait fort ce n'est pas vraiment dans l'histoire qu'il raconte mais dans le portrait truculent de son personnage principal (Giacomo Rizzo est complètement habité par le rôle), Geremia De Geremei, usurier napolitain au physique ingrat et hautement pervers qui tombe amoureux d'une jeune fille d'une vingtaine d'années étant sur le point de se marier. Sorrentino tient ici un personnage en or, qui est quasiment de tous les plans. Ce Geremia « cuore d'oro » comme il aime se définir (« Geremia au cœur d'or ») est une sorte de bienfaiteur, il connait tout le monde et tout le monde le connait. Un « ami de la famille » en quelque sorte qui aurait sans doute voulu aspirer à une vie meilleure et devenir un grand parrain. Au lieu de cela, Geremia trempe dans des petites combines, offre de l'argent à de vieilles connaissances et gagne en cela la confiance de ses laudateurs.
La vie fantasque qu'il mène (il vit dans un appartement lugubre avec sa vieille mère autoritaire), le look barré qu'il adopte, et son regard pervers et tordu cachent en fait la solitude d'un être perdu dans une réalité qui ne lui correspond pas, comme s'il était d'un autre temps et d'une autre vie. Les autres personnages, le cow-boy Gino interprété avec beaucoup de sincérité sans qu'il ne tombe jamais dans le ridicule, par Fabrizio Bentivoglio, ou la miss Agro Pontino Rosalba De Luca qui rêve de gloire et de danse, qu'incarne la jeune actrice italienne du moment Laura Chiatti, partagent ce même point commun. Ces trois-là aspirent à une existence meilleure mais aussi à être acceptés et reconnus en tant que tels par leur entourage.
Comédie dramatique, tragi-comédie, le film lorgne entre plusieurs genres et en déroutera plus d'un. Sorrentino porte un regard culotté et pas toujours drôle sur la réalité mais il le fait avec bien plus d'humour que ses collègues réalisateurs. En visionnant le film, on pense beaucoup à Fellini et à son univers peuplé de fantasmes en tous genres, et à Affreux, sales et méchants d'Ettore Scola (1976). Saluons enfin la réalisation et le sens du cadrage du réalisateur qui aime visiblement les plans soignés et larges, les longs travellings avant et arrière, ainsi que la géniale bande-son, très riche et diversifiée (Laurent Garnier, Antony and the Johnsons, etc...). L'Ami de la famille est notre coup de cœur de ce début d'année, à s'empresser de découvrir en dvd dès le 25 mars prochain !
FilmsActu.com






















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