L'Innocent
DVD / Test Zone 2 / le 04/09/2008, 8h01
Par Sabrina Piazzi
Dernier film souvent mésestimé de Luchino Visconti, L'Innocent est une splendeur de chaque plan où chaque costume et pan du décor semblent avoir été étudié avec une rare minutie. La beauté de Laura Antonelli et la froideur de Giancarlo Giannini s'impriment éternellement dans nos rétines. Tiré du livre de Gabriele D'Annunzio, L'Innocente, publié en 1892, le film a été présenté au Festival de Cannes en 1976, près de deux mois après la mort du réalisateur en mars 1976. En 1892, Tullio Hermil (Giancarlo Giannini) aime vivre en défiant les règles strictes de la morale de Rome. N'ayant plus de rapports conjugaux avec sa femme Giuliana (Laura Antonelli), il la considère désormais comme une amie et confidente à qui il peut raconter tout de sa passion avec la comtesse Raffo (Jennifer O'Neill). Mais lorsque Giuliana s'éprend d'un écrivain, Tullio devient jaloux.
Sublime drame aux interprètes somptueux, Luchino Visconti s'attarde sur les regards des personnages dans cette histoire où la sueur coule plus que le sang. Des regards évoquant l'opposé de ce qu'affirment les dialogues notamment pour le personnage de Tullio. Violent et sexuel, L'Innocent est lié au Guépard dans le sens où le couple appartient à une forme de bourgeoisie sur le déclin alors qu'elle était montrée dans son avènement dans Le Guépard au détriment de l'Aristocratie. A contrario, si Le Guépard était composé de nombreux extérieurs, L'Innocent cloître les personnages dans des appartements ou autres salles de réception, renforçant l'univers étouffant dans lequel le couple tente désespérément de survivre. Le temps passe, les valeurs se détériorent, les visages palissent et la beauté s'envole, à l'instar de cette scène où Giuliana se regarde dans le miroir et où le tic-tac d'une pendule lui rappelle le caractère éphémère de la vie.
Que dire de la fin splendide ? Un bouquet final sensationnel pour l'un des plus grands cinéastes de tous les temps qui signe ici son testament cinématographique.
13/20 Image
Le dernier film de Luchino Visconti était attendu depuis longtemps déjà, c'est peu dire notre déception quant au master (français) proposé par StudioCanal. Malgré une restauration évidente ayant supprimé la majorité des scories, de nombreux soucis émaillent la vision de L'Innocent. La palette colorimétrique demeure surannée et ne parvient jamais à mettre en valeur la splendeur des costumes et des décors. Il faut attendre les scènes d'extérieur (très peu nombreuses) pour obtenir un résultat naturel et éclatant avec des blancs immaculés. Malheureusement, ces séquences se comptent sur les doigts de la main et l'ensemble se déroulant en studio, les contrastes n'ont pas été équilibrés. Les différentes teintes de rouge, symbolisant la chair, le sang, la luxure ou simplement la passion, demeurent trop anodines et accentuent une inévitable granulation comme sur les tissus décoratifs (les rideaux à 4min40). Les fourmillements sont légion au premier ou à l'arrière-plan, les accrocs de définition et d'encodage affluent : prenez par exemple les boutons de veste des soldats qui clignotent et scintillent tout au long du film. Même chose concernant l'éclat des yeux de tous les comédiens papillotants durant 2 heures, tout comme les dorures, candélabres, bijoux et l'argenterie en général. Chaque plan de Luchino Visconti était étudié de manière à perdre les personnages dans une pièce vaste mais ici aucune profondeur n'est constatée. Les noirs cotonneux et les diverses teintes ont tendance à baver, des troubles sont à déplorer. Un master crève-cœur d'autant plus qu'il s'agit de l'oeuvre la plus récente parmi cette nouvelle salve de films italiens disponible chez l'éditeur.









15/20 Son
Les pistes italienne et française sont du même acabit en ce qui concerne la précision et la clarté d'ensemble. Evidemment, est-il utile de préciser le caractère anecdotique de la langue de Molière pour un film de Luchino Visconti ? En effet, le doublage est souvent inapproprié et en rajoute parfois dans le côté mélodramatique. De même, les dialogues saturent plus que ceux de la piste italienne. La célèbre musique de Franco Mannino dispose d'une belle ampleur notamment sur la version italienne. Cette dernière distille des dialogues brillants de précision, en parfaite osmose avec des effets disparates et fluides. L'exemple même de cette homogénéité est la scène du cours d'escrime (37min) où le fracas des lames croisées ne noie jamais le face-à-face verbal des personnages. On félicitera l'absence de souffle et une ampleur souvent étonnante. Cependant, cela reste une piste mono avec un grésillement immanquable lorsque le ton des personnages monte.

0/20 Bonus
Non, rien de rien, non et nous le regrettons bien...

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