Réalisé en 1965, cinq ans après Contes cruels de la jeunesse, Les Plaisirs de la Chair s'éloigne fortement des précédents films de Nagisa Oshima. Le cinéaste s'est en effet quelque peu calmé et a mis de côté cette hargne envers la société japonaise conservatrice qui conduisait jusque là chacun de ses films pour s'intéresser au monde des fantasmes, des désirs insatiables.
Parce qu'il a tué l'homme qui a violé la femme qu'il aime alors qu'elle était enfant, Wakizaka doit accepter le marché que lui propose l'unique témoin du meurtre, un fonctionnaire coupable d'avoir détourné 30 millions de yens : garder le butin jusqu'à sa sortie de prison. Mais Shoko s'est mariée avec un autre, et Wakizaka décide un jour de dépenser tout l'argent en un an, puis de se suicider...
Ce changement de registre de la part de Nagisa Oshima nécessitait forcément un changement radical de mise en scène. Plus contemplative, elle s'approche de ce qu'expérimente de son côté l'italien Michelangelo Antonioni avec La Nuit ou L'Eclipse, une caméra suivant des désaxés malades ne trouvant plus leurs repères dans un monde qui ne veut plus d'eux. Ainsi, au lieu de suivre de haut ce personnage à la recherche d'épanouissement sexuel, Oshima nous propose une plongée dans l'univers de Wakizaka, chaque cadre, chaque mouvement de caméra, chaque ralenti prenant un sens dans l'état d'esprit du personnage nihiliste. Dans L'Au-delà des interdits, module proposé en supplément, Jean Douchet déclare d'ailleurs : "le monde que [Nagisa Oshima] nous peint est un monde sans valeur, sans noblesse, sans véritable continuité ; un monde soumis à des règles strictes auxquels plus personne ne croit ; cette écriture permet dès lors de faire de la subjectivité le seul moyen objectif de dénoncer une réalité fausse, injuste, terriblement pesante et contraignante".
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