Au Japon, en 1943, le très respecté professeur Uchida prend sa retraite. Ses anciens élèves prennent l’habitude d’organiser chaque année une fête en son honneur à l’occasion de son anniversaire. La fête suit un rituel immuable : le professeur doit vider une choppe de bière à l’issue d’un discours et répondre fermement « pas encore ! » (madadayo en japonais) à la question posée en chœur par ses élèves « êtes-vous prêt ? ». Sa retraite est ainsi paisible, jusqu’au jour où son chat disparait, un évènement l’affligeant profondément...
Dernier film d'Akira Kurosawa après une longue et fructueuse carrière débutée 50 ans auparavant, Madadayo s'impose comme une vraie oeuvre testamentaire d'un des plus grand cinéaste japonais.
Alors âgé de 83 ans, il semble certain que Kurosawa se doutait que Madadayo serait son dernier film. Il a ainsi saisi l'occasion de réaliser une sorte d'autobiographie dans laquelle il pourrait se dévoiler un peu plus qu'il ne l'avait fait jusqu'alors. En effet, comment ne pas voir en le vieux professeur respecté, entouré de tous ses respectueux élèves, la relation qu'entretennait Kurosawa lui-même avec le macrocosme du cinéma japonais. Ce professeur qui se retire de l'enseignement, c'est bien Kurosawa qui se retire du monde du cinéma. Le cinéaste avait de même pleinement conscience de son importance dans l'histoire du cinéma et, à l'instar du vieux professeur du film, tentait de prendre cela de façon humble et raisonnée.
Là où Kurosawa avait pour habitude d'opérer une radiographie de la société japonaise de façon plus ou moins visible sur chacun de ses films, il ne se concentre dans Madadayo que sur le vieux professeur, mettant consciemment de côté le second plan historique. La guerre et la défaite japonaise, l'après-guerre et l'occupation américaine, tout cela n'intéresse nullement ici Kurosawa qui ne se permettera aucun commentaire. De même, peut-être l'élément le plus étonnant de Madadayo et qui déconcerta largement les critiques de l'époque, sa nature optimiste et joviale s'avère rare chez le cinéaste japonais. Loin de Vivre qui voyait un homme sur le point de mourir se préoccuper du bonheur de ses concitoyens, Madadayo est le portrait d'un vieil homme qui en vieillissant ne s'intéresse plus qu'à lui-même et à son petit confort personnel. Tout ce qu'il se passe autour de lui, aussi horrible soit-il, l'importe peu.
Il faut cependant convenir que malgré les qualités sus-mentionnées que nous portons rétrospectivement pour la place qu'il tient dans la filmographie de son auteur, Madadayo n'est pas exempt de défauts, loin de là même. Trop long et pas assez subtil, le film est porté par une naïveté consciente et revendiquée par le cinéaste, trop appuyée et difficilement acceptable quant on connaît la filmographie du maître.
Loin du naufrage, quelques belles séquences oniriques sauvent tout de même le film, dont la touchante séquence finale, loin de tout misérabilisme, dont un paquet de cinéastes rêverait d'avoir comme dernière séquence de son ultime film.
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