Mon frère est fils unique
DVD / Test Zone 2 / le 19/02/2008, 11h36
Par Sabrina Piazzi
Bonne
nouvelle, le cinéma italien parvient encore à sortir de son carcan quelques
perles du genre. Après Libero de Kim Rossi Stuart et L'Ami de la famille
de Paolo Sorrentino, on doit à
Daniele Luchetti et son
dernier film Mon frère est fils unique, la nouvelle merveille du cinéma
transalpin. Magnifique drame familial ayant pour cadre l'Italie des années 60
et 70 et porté par une nouvelle génération d'acteurs dont les très
charismatiques Elio Germano et Riccardo Scamarcio, le
film a engendré de surprenantes recettes au box office italien.
Mon frère est fils unique est un récit initiatique
qui narre l'histoire de deux frères rivaux. Accio, surnommé la Teigne, jeune
homme pugnace et franchement bagarreur, tente de se faire remarquer par sa
famille et de se démarquer de son frère aîné Manrico, beau et fascinant ouvrier
qui plait à toutes les donzelles. L'action s'étale sur onze années, de 1962 à
1973, grande époque du cinéma transalpin, en particulier de la comédie engagée.
Adversaires en amour comme en opinions politiques, le premier se réclame
fasciste tandis que le second milite pour la lutte des classes au sein des
communistes. Ce qui est intéressant ici, c'est que le réalisateur ne prend
jamais parti ni pour l'un ni pour l'autre, et s'il montre les actions des deux
camps, c'est uniquement pour montrer le cercle dans lequel évoluent les deux
frères. Seuls lui importent les personnages qu'il ne quitte jamais (surtout Elio Germano, quasiment de tous
les plans) et qu'il suit au plus près par l'intermédiaire de la caméra portée.
Même la reconstitution historique, bien que réussie, l'intéresse peu. Certes, Daniele Luchetti raconte une
fois de plus l'histoire de son pays (comme a pu le faire avec inspiration et
ingéniosité Marco Tullio Giordana
avec son magnifique dyptique de quarante années de l'Italie, Nos meilleures
années), mais c'est pour mieux y arrimer l'histoire humaine. Le personnage
d'Accio, au contraire de son frère aîné, est un instinctif aux gestes spontanés
et irréfléchis. Pour lui, les poings demeurent son cheval de bataille et la
meilleure démonstration de son esprit contestataire. Malgré ses apparents
défauts, Accio devient rapidement le personnage pour lequel on se prend à avoir le plus d'affection, et sous ses airs de petit nerveux apparaît une
indéniable sensibilité. Si la relation entre les deux frangins est souvent
tumultueuse, les claques font office de signes d'affection. La famille est au
centre du scénario de Sandro Petraglia et Stefano Rulli.
Le film doit en
partie sa grande réussite aux jeunes acteurs mais aussi aux seconds rôles. Elio
Germano, Riccardo Scamarcio et Diane Fleri composent un trio de charme à fleur
de peau, dynamique et sensible, et parfois très drôle. L'autre qualité du film
réside incontestablement dans son scénario signé Sandro Petraglia et Stefano
Rulli, qui sont parvenus avec le temps (ces deux-là travaillent ensemble depuis
la fin des années 70) à imposer un style narratif romanesque et passionné.
Ayant attiré plus
d'un million de spectateurs dans les salles italiennes, Mon frère est fils
unique apparaît comme un des must 2007
du cinéma transalpin. Si vous l'avez raté au cinéma l'année dernière (et vous êtes
malheureusement nombreux), rattrapez-vous grâce au dvd qui sort chez StudioCanal le
25 mars.
14/20 Image
Comme bien souvent, l'éditeur nous livre un transfert non
exempt de quelques petits défauts techniques. La faute en grande partie à une
compression fragile et à des plans qui manquent cruellement de netteté et de
profondeur. Tourné caméra à l'épaule, l'image bouge pas mal et la profondeur de
champ en prend sérieusement un coup. Autrement, le transfert est honnête mais
pas exceptionnel.
14/20 Son
Au programme de cette édition, deux pistes Dolby Digital 5.1
en version originale italienne et française. Les deux mixages, somme toute
assez équivalents en termes d'effets surround
et de dynamisme, sont le plus souvent axés sur les avants, oubliant au
passage les enceintes arrière qui ne sont mises réellement à contribution qu'au
moment des envolées musicales. Des mixages conventionnels, donc, qui mettent un
peu à mal notre chère installation 5.1. Même les basses se font cruellement
attendre. Préférez tout de même la piste italienne car le doublage français
dénature une fois de plus le ton original du film.
12/20 Bonus
Commentaire audio du réalisateur Daniele Luchetti, accompagné
des deux scénaristes Sandro Petraglia et
Stefanio Rulli (vostf)
D'abord commentant seul les premières scènes du film, le cinéaste est vite
rejoint par les deux scénaristes du film (qui ont aussi signé certains des plus
gros succès du cinéma italien de ces dernières années : Romanzo criminale, Les Clefs de la maison,
Nos meilleures années...) qui s'attardent plus particulièrement sur
l'adaptation du roman d'Antonio Pennacchi intitulé
Il Fasciocomunista. Il aurait été judicieux de préciser qui prend la
parole mais cela n'empêche pas d'apprécier ce commentaire dense et précis qui
répond à toutes les questions que pouvaient se poser les spectateurs. Des lieux
de tournage (Latina reconstitué dans la région des Pouilles) en passant par le
casting et les personnages, l'écriture du scénario et les thèmes principaux du
film, tout y est abordé judicieusement et en détail, faisant oublier le
making-of avare en informations (voir le détail plus bas). On retiendra surtout
les choix de mise en scène analysés par Luchetti qui privilégie les personnages,
quitte à ne pas répondre aux premières attentes du spectateur afin d'éviter les
clichés et les effets superflus. Un cinéaste qui désire échapper aux
conventions, privilégiant les sentiments et le ressenti plutôt que d'en mettre
plein la vue avec une reconstitution des années 60 et 70 qui aurait selon lui «
annihilé » le sujet principal. Enfin, il développe sa façon de filmer, réaliste
et naturelle, caméra au poing durant la quasi intégralité du tournage se
rapprochant ainsi de l'approche documentaire souhaitée. Luchetti est un metteur
en scène qui laisse à ses acteurs une grande liberté d'expression, leur
permettant ainsi d'être spontanés et de tourner un film d'époque comme un film
contemporain.
Le commentaire audio s'impose comme l'élément indispensable de cette interactivité.
Making of (26min02)
Comme à l'accoutumée chez l'éditeur, l'interactivité se poursuit avec un
making of standard de 26 minutes qui n'évite pas le promotionnel, avec des
interviews du réalisateur et des acteurs, qui reviennent sur leurs personnages
respectifs, et des images de l'équipe en plein tournage. Ce segment ainsi que
les propos des intervenants ont cet inconvénient d'être trop survolés pour être
totalement intéressants. Mieux vaut se tourner une fois de plus vers le
commentaire audio, plus riche en informations.
Les bandes-annonces en vostf (1min40) et vf (1min39) sont disponibles en fin d'interactivité.
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