Stormy Weather
DVD / Test Zone 2 / le 14/12/2007, 9h01
Par Yann Rutledge
Alors qu’il regarde son portrait en couverture du magazine Theatre World, Bill Williamson, danseur star, se souvient : tout juste revenu de la 1ère Guerre Mondiale, il rencontrait la jolie chanteuse Selina Rogers au bal et lui promettait de la retrouver lorsqu’il serait « devenu quelqu’un ». Les années passent, et leurs carrières naissantes ne leur permettent que de brièvement se retrouver, Selina refusant de poser ses valises. Se ravisera-t-elle un jour ?
Biographie (très) libre de Bill Robinson, nommé ici Bill Williamson, et ses débuts dans le show-business, Stormy Weather est le contrepoint nécessaire à toutes les comédies musicales interprêtrées par des blancs. Là où ces dernières tentent d'élaborer une histoire et échouent souvent lamentablement en sombrant dans une triste mièvrerie, Stormy Weather et les black musicals en règle générale, s'embarrassent peu d'un récit et vont directement vers l'essentiel : l'entertainement !
C'est ainsi que l'on retrouve aux côtés de Bill Robinson une foultitude d'artistes de rêve : Lena Horn tout d'abord qui joue la fiancée de Bill Robinson, Dooley Wilson le pianiste de Casablanca (la célèbre réplique « Play it once, Sam, for old times' sake » d'Ingrid Bergman), Fats Waller qui interprète un morceau intitulé That Ain't Right avec Ada Brown avant d'enchaîner avec Ain't Misbehavin pendant lequel nous défions quiconque de ne pas bouger ses pieds en rythme, les frères Fayard et Harold Nicholas pour un morceaux de claquettes qu'ils avouent être celui qu'ils préférent de toute leur carrière, mais surtout, en point d'orgue du film, l'apparaition de Cab Calloway The King of Hi de Ho.
Réalisé en 1943, Stormy Weather est un film clairement ancré dans son époque. Il s'inscrit déjà dans l'effort de guerre, présentant Bill Robinson refaire sa vie tout à fait normalement au sortir de la Première Guerre Mondiale victorieusement gagnée par les Etats-Unis. Les soldats au front et même les familles restées sur le sol américain avaient sincèrement besoin de voir au cinéma une représentation optismiste de l'après-guerre. De même, malgré le fait qu'à l'écran le film soit entièrement composé d'acteurs, danseurs, chanteurs noirs, Stormy Weather est malheureusement quelque peu marqué par des clichés inhérents de l'époque dans lequel il a été conçu. Les personnages du film sont dépeins comme entreprenant et talentueux, mais le jeu des acteurs est malgré tout emprunt des tics que le cinéma avait imposé depuis quelques décennies aux personnages de couleurs. On ne s'attardera pas longtemps sur la mise scène très plan-plan de Andrew L. Stone, l'important ici étant principalement la musique.
Malgré tous ses défauts, Stormy Weather représente une sympathique première approche des black musicals. Il ne reste plus qu'à Wild Side Video de nous faire découvrir d'autres petits films de cette trempe.
15/20 Image
Wild Side nous propose un transfert soigné. Le master utilisé, même s'il n'est pas parfait, quelques griffures apparaissant par-ci par-là mais rien de bien méchant, a été parfaitement transferré sur le disque, respectant les constrastes et les ambiances nocturnes du film. On regrettera un léger manque de définition, même si la compression, elle, ne se fait sentir un seul instant.


Un tout petit détail de rien du tout nous a sauté aux yeux : jusqu'à sa 36ème minute l'image est cadrée en haut et en bas par deux minuscules bandes noires. Puis d'un plan à un autre, et ce au
milieu d'une séquence, ces bandes noires disparaissent au profit de nouvelles cette fois-ci à gauche et à droite de l'image, et seront présentes jusqu'à la fin du métrage. Le format du film n'est atteint que trop légèrement pour parler de recadrage, mais ce infime détail que certains remarqueront est très certainement dû à un léger bug lors de la création du télécinéma. Rien qui n'entâche cependant la très bonne qualité d'image de ce DVD...
bandes noires en haut et en bas - ratio image tournant autour de 1.35...
... puis bandes noires à gauche et à droite - ratio image tournant autour de 1.32
16/20 Son
Plus que tout autre films, Wild Side se devait de soigner la piste son du DVD. Et force est de constater que le travail fourni par l'éditeur au chat qui miaule est remarquable. Le mélomane retrouvera avec plaisir la piste son Mono d'époque, nettoyée juste ce qu'il faut pour ne pas gêner la vision du film par un quelconque souffle, sans pour autant la dénaturer. La piste son laisse transparaître fièrement son âge, sans que l'on soit gêné le moins du monde. Pari réussi donc.
13/20 Bonus
DVD 1
Nous ne retrouvons sur cette galette qu'une galerie de photos et d'affiches.
On notera que le DVD débute par un clip pour le groupe de jazz Cotton Candies. Si l'idée de Wild Side était de mettre en avant le groupe à travers le DVD de Stromy Weather, il aurait été intéressant d'impliquer un peu plus le groupe marseillais dans les suppléments...
DVD 2
C'est avec surprise que nous découvrons sur le second disque accompagnant Stormy Weather, deux films appartenant à ce genre méconnu chez nous qu'est le black musical. On retrouve ainsi Hi-De-Ho (1947) de Josh Binney avec Cab Calloway et The Duke is Tops (1938) de William L. Nolte avec Lena Horne.
Hi-De-Ho
Hi-De-Ho
Cab Calloway est tiraillé entre deux femmes, sa fiancée Minnie et sa
manageuse Nettie. Minnie lui trouve une place de chanteur dans un club
géré par un gangster nommé Mason, mais Cab travaillant déjà dans un
autre club trouvé par Nettie refuse. Masson envoie au King of Hi de Ho
ses hommes pour le convaincre par tous les moyens, même par la force...
The Duke is Tops
Parce qu'il a l'impression de freiner la carrière de sa talentueuse
chanteuse, un agent d'un spectacle itinérant dupe Ethel Andrews pour
qu'elle puisse poursuivre sa carrière à New York. Pendant que la jeune
femme voit sa carrière tarder à décoler, Duke Davis voit de son côté
ses affaires fleurir. Leurs routes vont-elles se recroiser ?
Malgré leurs évidentes qualités musicales, Hi-De-Ho et The Duke is Tops sont loin d'égaler Stormy Weather. En effet, d'un côté Hi-De-Ho
mise tout sur la personnalité charismatique de Cab Calloway, le
réalisateur allant jusqu'à se littéralement se débarrasser à mi-chemin
du film de toute progression narrative dans le but de laisser
entièrement la place au chanteur et son orchestre pour une
demi-heure non-stop de musique. On en reprochera pas du tout à Josh
Binney ce choix, la mise en scène et le jeu des acteurs étant
sincèrement quelconques.
The Duke is Tops
De son côté, The Duke is Tops est
plus classique, une vraie série B sans prétention qui accompagne
gentiment le spectateur le long d'un récit classique mais correctement
interprété par Lena Horne et Ralph Cooper. Ce sont ici en revanche les
passages musicaux qui manquent de mordant. Le film aurait gagné à être
plus dynamique.
On regrettera tout de même que les films n'aient pas eu l'honneur d'une
remasterisation, les copies n'étant pas dénuées de tâches et autres
poussières. Quant au transfert, il est loin d'être précis, le second
plan de l'image étant très souvent flou. Pour couronner le tout, la
compression n'est malheureusement pas invisible. Seul bon point du
transfert, l'image agréablement contrastée qui rend parfaitement
l'ambiance tamisée des nightclubs.
Hi-De-Ho
A l'instar de l'image, les pistes
son d'époque des deux films n'ont pas l'air d'avoir été rénovées. Le
Mono de The Duke... est très étouffé, alors que chez Hi-De-Ho
il est trop aigu. Les deux films sont cependant logé à la même enseigne
concernant ce souffle constant qui nous suit tout le long. Ce souffle ne devient en fait vraiment gênant que lors des séquences
musicales, mais s'avère par contre embêtant lors des séquences
narratives.
Les deux films sont cependant de formidables opportunités d'approfondir
le genre, avant on l'espère que Wild Side Video sorte de nouveaux
titres.
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