Tabou
DVD / Test Zone 2 / le 05/11/2007, 17h40
Par Yann Rutledge
Dans l'île de
Bora-Bora, un jeune pêcheur de perles, Matahi, et une merveilleuse jeune fille,
Reri, tombent amoureux. Mais au vu de sa grande beauté, Hitu le sorcier l'a
choisie comme prêtresse sacrée. Elle doit donc selon la tradition, rester
vierge et il la déclare tabou. Rien n'y fait, les deux amants décident de
s'échapper, ils fuient, poursuivis par Hitu...
Dernier film de FW Murnau avant son terrible accident qui
causera sa mort le 11 mars 1931, Tabou
est un film à part dans l'oeuvre du cinéaste. Loin de tous ses films tournés en
studio où le cinéaste contrôlait tous les éléments du cadre, Tabou est un film quasi intégralement
tourné en extérieur, qui plus est avec des acteurs amateurs locaux. Souvent
présenté comme un film réalisé à quatre mains avec Robert J. Flaherty, Tabou est en fait une oeuvre réalisé
entièrement par Murnau, où le documentariste américain n'est en fait intervenu
qu'au tout début du tournage. Flaherty n'acceptant pas que Murnau dirige autant
ses acteurs et ne s'intéresse qu'à une simple histoire d'amour, là où il aurait
préféré se pencher sur l'exploitation des autochtones par les blancs, le
documentariste s'éloigne du projet laissant non sans amertume son collègue
faire son propre film.
Malgré les contraintes luminaires, Murnau garde ce style qui lui est
personnel fait de jeux d'ombres et de lumières proches de l'expressionnisme et
de cadres méticuleusement construits comme le seraient des peintures. Tout
comme avec
L'Aurore, Murnau réussit
le tour de force de nous conter son histoire sans l'aide d'une seule ligne de
dialogue ou d'intertitres, faisant de
Tabou,
plus qu'un simple film plastiquement somptueux, une histoire universelle dont
les dernières images nous hanterons longtemps.
18/20 Image
Au DVD de Tabou
revient sans conteste le prix de la plus belle image de la collection de MK2
dédié à Murnau. La copie tout d'abord est d'une rare propreté, les débris de
pellicule sur l'intégralité du film se comptant sur les doigts d'une main. On
réalise ainsi à quel point les films américains du cinéaste ont été mieux
conservés que ses films allemands. Le transfert quant à lui est aussi soigné,
l'image possède un beau piqué, les contrastes parfaitement respectés, et la
compression sans faille. Un sans fautes de la part de MK2.



15/20 Son
On ne le répétera jamais assez : les films à l'époque étaient toujours accompagnés musicalement lors de leur représentattion, le plus souvent au piano. Murnau était l'un de ces cinéastes qui pouvaient imposer de travailler avec un compositeur pour contrôler la musique qui serait jouée lors dela projection.
La musique composée spécialement pour le film par Hugo Riesenfeld nous est présentée dans un Mono de bon aloi, nettoyé de toute imperfection (aucun souffle ne vient nous perturber), clair et procurant un vrai plaisir pour les oreilles.
13/20 Bonus
Comme unique bonus, MK2 nous offre un documentaire très court d'une quinzaine de minutes qui esquisse rapidement les relations conflictuelles entre Murnau et Flaherty. Humainement ils ne s'entendaient déjà pas beaucoup, mais Flaherty accusait en plus son collègue de manipulation scandaleuse. L'idée de départ de Flaherty était de filmer l'exploitation des autochtones par les blancs. Mais Murnau s'intéressait plus à filmer une histoire d'amour telle une tragédie grecque dans ce cadre non conventionnel qu'était les îles.
De même, entreprend ce qu'il appelle du cinéma
architectural, c'est-à-dire un cinéma fortement influencé par la peinture où
chaque geste et posture des interprètes a son importance. Ainsi, Murnau fait et
refait faire les prises à ses interprètes, annihilant toute once de
"réalisme documentaire" à la Flaherty. C'est donc Floyd Crosby, que
l'on retrouvera plus tard en tant que chef op pour Le train sifflera trois
fois/High Noon (1952) de Fred Zinnemann ou pour plusieurs films de Roger Corman
dont La Chute de la Mainson Usher/House of Usher (1960) et La Chambre des
Tortures/Pit and the Pendulum (1961), qui remplacera Flaherty.

Une semaine avant la première de Tabou, suite à un accident
d'auto, FW Murnau meurt le 11 mars 1931. Greta Garbo aidera financièrement la
famille Murnau à rapatrier le corps en Allemagne.
Le documentaire présente aussi quelques rushes de Tabou non
utilisés par FW Murnau et qui serviront après sa mort, à son frère qui les
montera pour en faire des petits documentaires sur la vie des les îles.
Seul (gros) bémol: le visuel du packaging. Moins choquant que les visuels de Faust ou de Nosferatu qui ne correspondent absolument pas à l'univers des films, il aurait été plus judicieux de la part de MK2 de reprendre la magnifique affiche originale.
Les réactions dans les forums FilmsActu
>> Soyez le premier à réagir Films
DVD / HD-DVD / Blu-Ray